Le premier foyer de données bruxellois est financier, et il est dense. Rares sont les villes où autant de sièges de banque et d'assurance tiennent dans un même centre : BNP Paribas Fortis, première banque de détail du pays, rue Montagne du Parc ; ING Belgique, avenue Marnix ; Belfius, banque-assurance détenue par l'État belge, place Charles Rogier à Saint-Josse-ten-Noode ;
le siège du groupe KBC, avenue du Port à Molenbeek ; AG Insurance, premier assureur belge, boulevard Émile Jacqmain. S'y ajoute une infrastructure financière peu visible mais massive en données : Euroclear Bank, l'un des principaux dépositaires centraux de titres au monde, à Saint-Josse ; la Banque nationale de Belgique, banque centrale du pays et gardienne de la Centrale des bilans, boulevard de Berlaimont ;
la fintech Isabel, spécialiste du multibancaire et de l'anti-fraude ; et Worldline, héritier de Banksys, qui traite la donnée de paiement à Haren. Pour un analyste, ce pôle vit de reporting réglementaire, de scoring de risque, de lutte contre le blanchiment, d'actuariat et de données clients.
Le deuxième foyer réunit de grands groupes belges de secteurs variés : Proximus, premier opérateur télécom, et Orange Belgium, tous deux riches en données réseau et client ; UCB, biopharma installé à Anderlecht ; dans la chimie, Solvay à Neder-Over-Heembeek et Syensqo, né de la scission de Solvay fin 2023 et dont le siège est resté à Bruxelles ;
dans l'énergie, l'entité belge d'Engie — Electrabel, passée sous la marque ENGIE en 2025 — et Elia, gestionnaire du réseau à haute tension, qui prévoit la charge électrique du pays.
Le troisième foyer est public et parapublic, et c'est un gisement de données de service : la SNCB pour le rail, la STIB pour les transports bruxellois — qui publie d'ailleurs son propre portail de données ouvertes —, bpost pour le courrier et la logistique du dernier kilomètre, et Smals, l'informatique mutualisée de la sécurité sociale et de l'e-santé, à Saint-Gilles.
Par-dessus ces employeurs de droit belge plane l'écosystème le plus singulier de la ville : les institutions européennes et internationales. La Commission européenne compte à elle seule plus de trente-deux mille agents, le Parlement et le Conseil siègent ici, l'OTAN emploie plusieurs milliers de personnes à Haren, et Eurocontrol y coordonne le trafic aérien de tout le continent — une donnée par nature massive.
Ces organisations produisent et publient des statistiques à une échelle rare, mais elles relèvent d'un statut d'emploi particulier — fonction publique internationale, concours EPSO — et se lisent comme un paysage de la donnée, non comme un guichet d'embauche en contrat belge classique ; à noter que l'office statistique de l'Union, Eurostat, siège lui à Luxembourg, pas à Bruxelles.
Le vivier se forme enfin autour de deux universités bruxelloises complémentaires — l'Université libre de Bruxelles et la Vrije Universiteit Brussel — et d'un institut de recherche en intelligence artificielle qu'elles portent ensemble, autant de ressources qui irriguent le marché local.