Le premier foyer de données luxembourgeois porte un nom qui résume le pays : l'administration de fonds. Parce que le Grand-Duché domicilie une part majeure des fonds d'investissement européens, il héberge la quasi-totalité des sociétés qui les administrent, et ces sociétés vivent exclusivement de la donnée : calcul et contrôle de la valeur nette d'inventaire, comptabilité de fonds, agent de transfert, reporting réglementaire.
On y trouve un groupe né sur place, Alter Domus, qui a même érigé une entité dédiée aux données et à l'analytique ; IQ-EQ, administrateur de fonds et services aux investisseurs ; la banque dépositaire japonaise MUFG Investor Services & Banking ; Brown Brothers Harriman ; et, par sa succursale luxembourgeoise, State Street, l'un des plus grands administrateurs de fonds au monde.
C'est un gisement de « fund data » qui n'existe nulle part ailleurs à cette densité. Le deuxième foyer est bancaire et assurantiel : la banque publique Spuerkeess, première de la place ; BGL BNP Paribas, première banque de détail, au Kirchberg ; la Banque Internationale à Luxembourg, la plus ancienne du pays ;
la Banque de Luxembourg, tournée vers la gestion de fortune ; Société Générale Luxembourg. Côté assurance, le premier assureur du pays, Foyer, à Leudelange, et l'assureur-vie Cardif Lux Vie, à Howald, travaillent la donnée actuarielle, la tarification et le risque.
S'y ajoutent les quatre grands cabinets d'audit et de conseil — PwC à Gasperich, Deloitte à la Cloche d'Or, KPMG et EY au Kirchberg — dont les pôles data, analytique et reporting réglementaire comptent parmi les premiers employeurs privés du pays. Le troisième foyer diversifie le marché hors finance : l'opérateur mondial de satellites SES, dont le siège est au château de Betzdorf, produit de la donnée de télémétrie, de réseau et de capacité ;
Amazon a placé au Luxembourg son siège européen de commerce en ligne, riche en données de vente et de chaîne d'approvisionnement ; PayPal y opère son établissement de paiement européen, avec sa donnée de transactions et de fraude ; le sidérurgiste ArcelorMittal y a son siège mondial ; le groupe média RTL y pilote de la donnée d'audience et de publicité ;
et la compagnie cargo Cargolux, à l'aéroport de Findel, travaille la donnée logistique et de réseau. Vient enfin le socle public et scientifique, à traiter comme un paysage de la donnée plutôt que comme un marché d'embauche ordinaire : le STATEC, office statistique national, qui a monté un laboratoire de science des données avec l'université ;
le centre public de recherche LIST et l'Université du Luxembourg, tous deux installés sur le campus de Belval à Esch-sur-Alzette, avec son centre spécialisé dans la sécurité, la fiabilité et la confiance numériques ; et le supercalculateur national MeluXina, exploité à Bissen dans le cadre du programme européen de calcul intensif.
Par-dessus l'ensemble plane l'écosystème européen : Eurostat au Kirchberg, la Banque européenne d'investissement et ses quelque quatre mille agents, la Cour des comptes, la Cour de justice, le Mécanisme européen de stabilité — une concentration de production de données publiques que l'on ne retrouve pas dans une ville française, mais qui relève de la fonction publique européenne, avec ses propres voies de recrutement.