Le premier pilier data de Genève porte un nom de secteur avant un nom d'entreprise : le négoce de matières premières. Autour du lac se sont installées quelques-unes des plus grandes maisons mondiales, toutes inscrites au registre du commerce genevois : Vitol SA, Gunvor SA et Mercuria Energy Trading SA à Genève, dans l'énergie et le pétrole ;
Trafigura Commodities à Genève ; et, dans l'agricole, Cargill International SA au Grand-Lancy et Louis Dreyfus Company Suisse SA au Grand-Saconnex. Ces maisons vivent de la donnée : séries de prix et de courbes lues sur des terminaux de marché, calcul d'exposition et de risque, suivi des cargaisons et du fret, écrans de conformité.
C'est un gisement de « market data » et de « risk data » qu'aucune ville française ne concentre, et le cœur exclusif du marché genevois de l'analyse. Deuxième pilier, la « Genève internationale ».
Le Palais des Nations et les quarante et quelques organisations qui l'entourent — Organisation mondiale de la santé, Organisation mondiale du commerce, Organisation internationale du travail, Haut-Commissariat pour les réfugiés, Comité international de la Croix-Rouge, sans compter les missions
permanentes et les organisations non gouvernementales — forment la première capitale des statistiques mondiales : données de santé, de commerce, de travail, données humanitaires. Ce sont des employeurs à statut particulier, relevant de la fonction publique internationale plutôt que du droit du travail suisse ordinaire ;
on les cite ici comme un paysage de la donnée propre à Genève, pas comme un guichet d'embauche en contrat classique. Troisième pilier, la banque privée et la gestion de fortune : la Banque Pictet & Cie SA, à Carouge, ancre un métier de la donnée — risque, reporting réglementaire, analytique d'investissement, données clients — que le secteur bancaire exerce ici sur place.
Quatrième pilier, le luxe et la grande consommation : la Compagnie Financière Richemont SA, à Bellevue, maison mère de Cartier, Van Cleef & Arpels ou IWC, mobilise de l'analytique de vente, de clientèle et de commerce en ligne.
À ces piliers s'ajoutent des sièges mondiaux inattendus pour la taille de la ville : STMicroelectronics SA a son siège mondial à Plan-les-Ouates — la donnée y est celle d'un état-major (finance, chaîne d'approvisionnement, R&D corporate), les usines étant en France et en Italie ; Firmenich SA, à Satigny, dans les parfums et arômes, travaille la donnée sensorielle et de consommation ;
JT International SA (JTI) a son siège mondial à Genève ; et la Mediterranean Shipping Company, MSC, y pilote un réseau maritime de conteneurs, donc des données d'opérations et d'optimisation. Vient enfin le voisin scientifique : le CERN, à Meyrin, à cheval sur la frontière franco-suisse — l'un des plus grands producteurs de données au monde, dont la grille de calcul mondiale fédère des centaines de sites ;
c'est un univers de calcul distribué et d'ingénierie de la donnée, sous statut intergouvernemental, davantage paysage que cible d'embauche standard.
Côté employeurs publics cantonaux, les Hôpitaux universitaires de Genève, avec plus de treize mille collaborateurs, comptent parmi les plus grands employeurs du canton et portent la donnée hospitalière et de recherche clinique, tandis que l'Université de Genève alimente la recherche en statistique et en science des données.
L'écosystème d'innovation s'organise autour de la Fondation genevoise pour l'innovation technologique (Fongit), principal incubateur deep-tech du canton depuis 1991, et du Campus Biotech, nœud des sciences de la vie et de la santé numérique fondé avec l'EPFL et l'UNIGE, qui héberge aussi le Geneva Science and Diplomacy Anticipator (GESDA).
À retenir toutefois : le campus principal de l'EPFL est à Lausanne, à une soixantaine de kilomètres, et le Swiss Data Science Center, infrastructure nationale, n'est pas à Genève — ce sont des ressources lémaniques et suisses, pas des structures genevoises.