Le noyau lausannois de la donnée est d'abord académique et scientifique, et il n'a pas d'équivalent en Suisse romande. L'EPFL, à Écublens, est une référence mondiale de l'intelligence artificielle et de l'apprentissage automatique ; adossé à elle, le Swiss Data Science Center, créé en 2017 par l'EPFL et l'ETH Zurich, est le centre national de science des données, avec deux implantations à Lausanne — sur le campus de l'EPFL et au Biopôle.
Sa mission est de mettre la science des données au service de la recherche et de l'innovation, et il développe même ses propres outils de reproductibilité de la data science.
À ses côtés, l'Institut suisse de bioinformatique, dont le hub principal est sur le campus de l'université de Lausanne, se présente comme l'organisation nationale de la donnée biomédicale et biologique — « des data scientists pour les sciences de la vie » — avec des centaines de membres et près de deux cents employés.
Ce triangle EPFL–Swiss Data Science Center–Institut de bioinformatique fait de Lausanne un pôle de la donnée de rang mondial. Deuxième pilier, la santé : le CHUV, l'un des cinq hôpitaux universitaires suisses et le plus grand employeur du canton avec quelque treize mille collaborateurs, produit, avec la faculté de biologie et de médecine de l'université, une donnée hospitalière et de recherche clinique de premier plan ;
c'est un employeur public cantonal, à distinguer d'une entreprise de marché. Troisième pilier, singulier : la capitale olympique. Le Comité international olympique siège à Lausanne depuis 1915, et le canton accueille des dizaines de fédérations et organisations sportives internationales — l'instance du football européen à Nyon, celle du cyclisme à Aigle, celle du basket à Mies, le tribunal arbitral du sport à Lausanne.
C'est un gisement de données de sport et d'événementiel introuvable ailleurs, même si ces organisations relèvent, elles aussi, d'un statut particulier. Quatrième pilier, une grappe de scale-ups nées de ou autour de l'EPFL, où la donnée est le métier : Nexthink, à Prilly, éditeur d'une plateforme d'analytique en temps réel de l'expérience numérique des postes de travail ;
SOPHiA GENETICS, à Saint-Sulpice, spin-off de l'EPFL cotée aux États-Unis, spécialiste de l'intelligence artificielle appliquée aux données génomiques ; Logitech, dont le siège opérationnel est à Lausanne, sur le parc d'innovation de l'EPFL ; le groupe Kudelski, à Cheseaux-sur-Lausanne, dans la sécurité numérique et la protection de contenus ;
et SICPA, à Prilly, dans les encres de sécurité et la traçabilité, dont la donnée est celle de la sérialisation et de l'authentification. Cinquième pilier, la banque-assurance vaudoise : la Banque Cantonale Vaudoise, à Lausanne, et les assureurs vaudois — la Vaudoise à Lausanne, Assura à Pully, les Retraites Populaires — concentrent une donnée de risque, d'actuariat, de reporting et de clientèle, dans un cadre prudentiel propre au secteur.
Il faut enfin mentionner Nestlé, premier groupe agroalimentaire mondial, dont le siège est à Vevey, dans le canton, et dont le centre de recherche est installé sur le campus de l'EPFL à Lausanne : une donnée de consommation, de nutrition et de santé.
L'écosystème d'innovation, dense, s'organise autour du parc d'innovation de l'EPFL — plusieurs centaines d'entreprises et un millier de start-up sur le campus — et du Biopôle, à Épalinges, campus des sciences de la vie qui héberge une antenne du Swiss Data Science Center. À une échelle plus large, l'agence cantonale d'innovation et un parc technologique à Yverdon-les-Bains complètent le maillage vaudois.
Pour le data analyst, chacun de ces piliers dessine une matière de travail bien distincte, et c'est cette juxtaposition qui fait la densité du marché vaudois. Du côté de la recherche, l'EPFL et le Swiss Data Science Center produisent une donnée d'expérimentation scientifique et d'apprentissage automatique, où la reproductibilité et la traçabilité des jeux de données pèsent autant que le résultat ;
l'Institut suisse de bioinformatique, sur le campus de l'université, y adjoint des volumes de données -omiques et biomédicales à l'échelle nationale. Au CHUV, la donnée est clinique et hospitalière, adossée à la faculté de biologie et de médecine de l'université, dans un cadre d'éthique de la recherche strict.
Dans l'orbite olympique, les fédérations sportives internationales du canton — de l'instance du football à Nyon à celle du cyclisme à Aigle, en passant par le basket à Mies — nourrissent calendriers de compétitions, classements, données d'audience et de billetterie, un gisement d'événementiel que peu de villes réunissent.
La banque-assurance vaudoise — Banque Cantonale Vaudoise, Vaudoise, Assura, Retraites Populaires — traite pour sa part une donnée de risque, de tarification, de sinistres et de clientèle, sous un cadre prudentiel propre au secteur.
Chez les scale-ups nées de l'EPFL, enfin, la donnée est le produit lui-même : Nexthink mesure en temps réel l'expérience numérique des postes de travail, SOPHiA GENETICS fait parler des données génomiques, SICPA sérialise et authentifie, tandis que Logitech et Kudelski exploitent l'usage et la protection de contenus.
À la différence de Genève, tournée vers le négoce et les organisations internationales, Lausanne fait de la science des données et de la donnée du vivant son centre de gravité.