Le cœur du bassin, pour ce métier, tient dans un triangle de quelques kilomètres au sud et à l'ouest de Bourges, et il est presque entièrement tourné vers l'armement. Le premier pilier est le missile : MBDA France exploite à Bourges, avenue d'Issoudun, un établissement de mille à deux mille personnes, prolongé par un site au Subdray et une plateforme logistique à La Chapelle-Saint-Ursin.
On y assemble et intègre des systèmes de missiles ; la qualité y répond de la conformité d'un produit de défense complexe, de son industrialisation et de sa montée en cadence, sous EN 9100. Le deuxième pilier est le système d'arme terrestre : KNDS France — l'ex-Nexter Systems — conçoit route de Guerry des systèmes d'artillerie et des blindés, dont le canon Caesar, avec un établissement de cinq cents à mille personnes.
À ses côtés, KNDS Ammo France — l'ex-Nexter Munitions — produit à La Chapelle-Saint-Ursin des munitions de moyen et gros calibre : un univers où la qualité se confond avec la sécurité pyrotechnique et le régime des installations classées. Sur le même site de la route de Guerry, la co-entreprise CTA International développe un canon de quarante millimètres à munition télescopée, fruit d'un partenariat franco-britannique.
Autour de ces maîtres d'œuvre gravitent des spécialités rares. Roxel France, au Subdray, conçoit la propulsion tactique — les moteurs-fusées et propergols des missiles —, un métier où le contrôle des matériaux énergétiques est indissociable de la sûreté. ASB Aerospatiale Batteries, à Bourges, fabrique les batteries thermiques embarquées des missiles, dans le cadre d'une co-entreprise entre grands groupes de l'aéronautique et de la défense.
Et l'ensemble s'adosse à un acteur qu'aucune autre ville n'a sous cette forme : la Direction générale de l'armement — Techniques terrestres, centre d'essais et d'expertise étatique de l'armement terrestre, présent à Bourges depuis 1871, doté d'un polygone d'essais de l'ordre de dix mille hectares au sud-est de la ville.
Pour un ingénieur qualité, ce voisinage crée un environnement d'essais, de qualification et de sûreté de fonctionnement sans équivalent.
Au-delà du bassin immédiat, le département apporte quelques compléments à d'autres référentiels. À Aubigny-sur-Nère, à une quarantaine de kilomètres au nord-est, Mecachrome France exploite un site d'usinage de précision de deux cent cinquante à cinq cents personnes, tourné vers l'aéronautique et la défense, sous EN 9100 : une adresse mécanique de haut niveau, distincte de l'armement de Bourges.
À Vallenay, l'emballage carton de Smurfit Westrock relève d'une qualité industrielle plus classique, et, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est, la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire — citée par la presse économique parmi les plus gros établissements du Cher — ajoute, elle, l'univers de la sûreté nucléaire.
Selon l'agence de développement économique régionale, près d'un salarié de l'industrie du Cher sur deux travaille dans l'armement, et l'agglomération de Bourges revendique de l'ordre de cinq mille six cents emplois de défense répartis sur une trentaine d'entreprises : autant dire un marché de la qualité profond, mais très marqué par une seule filière.
À la lisière de la ville, la base aérienne 702 d'Avord et les Écoles militaires de Bourges ajoutent une empreinte de défense qui déborde l'industrie, et le territoire Berry Sologne affiche un taux d'emploi industriel nettement supérieur à la moyenne nationale — signe que la filière irrigue tout le tissu local, du grand maître d'œuvre de l'armement jusqu'au petit atelier de mécanique de précision.
Cette densité a un corollaire pour l'ingénieur qualité : une même carrière peut passer du missile à la munition, puis à l'essai étatique, sans jamais quitter le Cher.