Le premier monde est celui du naval de défense, et il tient à Cherbourg à un employeur hors norme : Naval Group. Son établissement cotentin, dans la tranche 2 000 à 4 999 salariés, est le seul site français de construction de sous-marins — sous-marins d'attaque et sous-marins lanceurs d'engins.
La qualité y est un métier de coque épaisse et de soudure : qualification des modes opératoires, contrôles non destructifs, assurance qualité propre à la défense, sur des ouvrages uniques où rien ne se refait. À ses côtés, le chantier CMN, les Constructions Mécaniques de Normandie, dans la tranche 250 à 499 salariés, construit patrouilleurs et grands navires ;
l'ingénierie de la propulsion nucléaire navale relève, elle, de TechnicAtome — un univers strictement distinct du nucléaire civil, qu'il ne faut jamais confondre avec lui. Le groupe cotentin Efinor, avec son chantier Efinor Allais et ses ateliers de chaudronnerie, complète ce tissu naval par la sous-traitance locale.
Le second monde, tout aussi présent mais totalement séparé, est le nucléaire civil. À La Hague, Orano exploite l'usine de retraitement des combustibles nucléaires usés — présentée par l'exploitant comme la plus grande du monde —, un établissement de la tranche 2 000 à 4 999 salariés, prolongé par ses entités de démantèlement et de services.
À Flamanville, EDF exploite deux réacteurs et l'EPR, premier réacteur de ce type raccordé au réseau français. Autour gravite toute la chaîne d'approvisionnement du nucléaire : Framatome, avec son activité de tubes en acier créée récemment, seule empreinte industrielle subsistante du groupe dans le Cotentin ;
Orano, à Valognes, pour les emballages métalliques de transport des matières nucléaires et la chaudronnerie ; et une constellation de spécialistes — REEL pour le levage nucléaire, Nuvia pour l'ingénierie et le génie civil, Endel et Onet Technologies pour la maintenance et le démantèlement, CERAP pour la radioprotection.
Le registre qualité y est celui de la filière : norme ISO 19443, cadre réglementaire des installations nucléaires de base et ses activités importantes pour la protection, appareils sous pression du nucléaire, certificats de matière.
Entre ces deux mondes, une compétence fait le lien, et c'est ce qui rend Cherbourg singulier : la soudure et son contrôle. Coque de sous-marin, équipement du cycle, structure de navire : tout repose sur des assemblages soudés à haute exigence, éprouvés par ressuage, magnétoscopie, ultrasons et radiographie.
Cette dépendance partagée est si forte que les quatre grands du bassin — EDF, Orano, Naval Group et CMN — ont créé ensemble, avec les collectivités, une Haute École de Formation en Soudage à Cherbourg, dotée de locaux neufs et formant des soudeurs pour le nucléaire comme pour le naval. On ne trouve nulle part ailleurs en France une école de soudeurs cofinancée par les deux nucléaires et le naval réunis : c'est l'emblème de la convergence cotentine.
Un troisième registre, plus jeune, s'est ajouté sur le port : l'éolien en mer. LM Wind Power y assemble des pales d'éoliennes offshore parmi les plus grandes, dans un établissement de la tranche 500 à 999 salariés, avec sa propre culture qualité — celle des composites, de leurs contrôles non destructifs et de la série éolienne.
Enfin, une part importante des postes de qualité vit chez les ingénieristes et les prestataires qui servent tous ces donneurs d'ordre : Assystem, Segula, Expleo, AEMCO côté bureaux d'études, Actemium et Foselev côté installations et levage.
Les ordres de grandeur disent la densité du marché : le Cotentin concentre, à lui seul, la très large majorité du chiffre d'affaires et de l'emploi du secteur naval normand, et son industrie a gagné environ trente pour cent de salariés entre 2016 et 2022. Sur cette pointe de terre, un ingénieur qualité a de quoi bâtir une carrière entière sans jamais quitter le département — à condition d'accepter la géographie d'un bout du monde.