Le cœur du bassin, c'est le silicium. Dans le Grésivaudan, à Crolles, STMicroelectronics exploite une fabrication de plaques de silicium de trois cents millimètres — un établissement de la tranche 2 000 à 4 999 salariés — où la qualité est indissociable de la salle blanche : classe de propreté particulaire, défectivité, rendement de production, fiabilité des composants.
Le site est engagé dans une extension majeure, une nouvelle unité de fabrication conduite avec un partenaire américain dans le cadre des plans de soutien européen et français aux semi-conducteurs ; à pleine capacité, elle vise une production de l'ordre de six cent mille plaques par an, pour un programme chiffré autour de plusieurs milliards d'euros.
Cette technologie, dite silicium sur isolant appauvri, tire ses plaques de Soitec, à quelques kilomètres, à Bernin — un établissement de la tranche 1 000 à 1 999 salariés dont le métier est précisément la qualité de la plaque : défectivité, métrologie, contrôle de la contamination. Cette intégration du matériau au composant, sur une même vallée, est propre au Grésivaudan.
Autour de ce noyau gravite une constellation de la micro-électronique et des capteurs, chacun avec sa culture qualité. À Veurey-Voroize, Lynred conçoit des détecteurs infrarouges et qualifie ses capteurs pour des usages exigeants ; à Saint-Égrève, Teledyne e2v fabrique des capteurs d'image pour le spatial, le médical et l'industrie ;
à Échirolles et Champagnier, Aledia développe des micro-diodes sur silicium ; à Crolles, Tronics — du groupe TDK — produit des microsystèmes inertiels. Tous vivent des référentiels du semi-conducteur : classe de propreté, qualification de fiabilité, maîtrise des décharges électrostatiques, et, pour les puces destinées à l'automobile, l'IATF 16949 et ses standards de qualification.
Ici, un ingénieur qualité parle rendement, densité de défauts et plans d'expériences plus que tri en fin de ligne.
Le deuxième pilier du bassin est le dispositif médical, et il déplace la qualité vers un autre registre normatif, celui de la santé.
Au Pont-de-Claix, au sud de la cuvette, Becton Dickinson fabrique du matériel médico-chirurgical stérile — un établissement de la tranche 2 000 à 4 999 salariés, l'un des plus gros employeurs medtech du territoire —, sous la norme des dispositifs médicaux, la réglementation européenne associée, la maîtrise de la stérilisation et, là encore, la salle blanche.
À Moirans, Trixell conçoit des détecteurs à rayons X pour l'imagerie médicale ; à Grenoble, la recherche en diagnostic de bioMérieux relève de la même discipline de conception maîtrisée.
Un troisième registre, plus rare, tient à la sécurité des personnes : à Crolles et Eybens, Petzl fabrique des équipements de protection contre les chutes, où la qualité relève de la catégorie la plus exigeante de la réglementation des équipements de protection individuelle — celle des risques mortels ;
à Voreppe, Poma conçoit des installations de transport par câble, soumises à la réglementation européenne des remontées qui transportent des personnes. Sur ces produits, une non-conformité ne se solde pas par un rebut, mais par un danger.
Le bassin compte enfin un socle électrique, mécanique et de haute fiabilité qui emploie largement des qualiticiens : Schneider Electric, dont le pôle industriel et de recherche grenoblois — à Grenoble, Moirans et au Fontanil — travaille la distribution et la commande électrique sous les normes de l'appareillage basse tension ;
Caterpillar, à Grenoble et Échirolles, pour les engins et leur qualité mécanique et hydraulique ; Sames, à Meylan, pour les équipements de pulvérisation ; Radiall, à Voreppe, pour la connectique haute fiabilité sous référentiel aéronautique ; Air Liquide Advanced Technologies, à Sassenage, pour les équipements cryogéniques sous directive des équipements sous pression ;
et, à Jarrie, la métallurgie du zirconium, un savoir-faire d'alliages exigeant ses propres certificats de matière. Au-dessus de tout cela veille un écosystème de recherche exceptionnel : le centre du Commissariat à l'énergie atomique et son institut de micro-nanoélectronique, le synchrotron européen et la source de neutrons, le campus des micro et nanotechnologies et le pôle de compétitivité de la filière.
Cette superposition de la recherche et de la fabrication, sur la presqu'île scientifique et dans la vallée, donne à la qualité grenobloise un amont introuvable ailleurs — et un marché de l'emploi qu'un ingénieur peut parcourir de la plaque de silicium au dispositif médical sans quitter l'agglomération.