Le premier pilier du bassin est le naval de surface. Avenue de Choiseul, à Lorient, Naval Group assemble les frégates de la Marine nationale — les frégates multi-missions et les frégates de défense et d'intervention —, dans un établissement de la tranche 2 000 à 4 999 salariés. C'est la mer militaire, celle des grands ouvrages soudés et de l'assurance qualité de défense, distincte des sous-marins et des navires civils construits ailleurs.
À Lanester, Kership, la co-entreprise réunissant Piriou et Naval Group, construit des navires de service et de défense de plus petit tonnage ; à Lorient encore, Piriou assure la réparation navale, et des acteurs comme Barillec ou Hensoldt Nexeya, à Caudan, apportent l'électricité, l'instrumentation et l'électronique de défense.
Ce pôle emploie des qualiticiens rompus au soudage et au contrôle, mais il ne constitue qu'une facette du bassin.
Le deuxième pilier, celui qui distingue vraiment Lorient, est la course au large. Sur l'ancienne base de sous-marins de Keroman, reconvertie en pôle que Lorient Agglomération présente comme une référence mondiale de la voile de compétition, se concentre une densité exceptionnelle de constructeurs de coques en composite : CDK Technologies bâtit des bateaux de course de la classe des monocoques océaniques et des géants multicoques ;
Avel Robotics associe composites et robotique de drapage et de découpe ; les grandes écuries de course, comme celle du Maxi Edmond de Rothschild, y intègrent conception et construction. Le registre du groupement des acteurs de la course au large fédère des dizaines de structures, de la conception à la fabrication, dans ce que le territoire appelle la « Sailing Valley ».
Pour l'ingénieur qualité, c'est un univers à part : celui de la stratification du carbone, de l'infusion et de la cuisson, du contrôle des composites par ultrasons et thermographie, et, pour les bateaux de plaisance de série, des normes d'échantillonnage des coques et de la réglementation européenne de la navigation de plaisance.
Ce savoir-faire du composite de haute performance, presque introuvable ailleurs à cette échelle, irrigue aussi la décarbonation maritime, avec la fabrication de mâts-ailes en composite pour les navires.
Le troisième pilier est la mer nourricière. Le port de pêche de Lorient-Keroman, présenté comme le premier port de pêche français en valeur, débarque et surtout transforme le poisson à grande échelle. Autour de sa criée s'est bâti un pôle agroalimentaire dense : à Kervignac, Cité Marine produit des plats préparés et des produits panés dans un établissement de la tranche 1 000 à 1 999 salariés ;
à Lanester, Capitaine Houat transforme et conserve le poisson ; à Lorient, l'armement de pêche hauturière de la Scapêche et la transformation de produits de la mer complètent la filière. Ici, la qualité change de monde : elle relève de la sécurité des aliments, avec ses référentiels de maîtrise sanitaire, sa traçabilité, sa chaîne du froid et ses écolabels de pêche durable. C'est un pilier qu'aucun autre bassin naval français ne réunit avec la construction de navires.
Cet ensemble s'appuie sur un écosystème de formation et de recherche à l'échelle du pays de Lorient. L'Université Bretagne Sud et son école d'ingénieurs, implantée à Lorient avec des spécialités de génie industriel, de mécatronique et d'énergie, forment un vivier directement utile à la qualité ; l'institut universitaire de technologie de Lorient alimente le tissu en techniciens du génie des procédés et de la logistique ;
et des plateformes de recherche sur les composites accompagnent la « Sailing Valley ». Cette combinaison — la frégate, la coque de course et le poisson, adossées à une université de plein exercice — fait de Lorient un bassin où un ingénieur qualité peut, sans quitter la rade, choisir entre trois mers et se forger une spécialité rare.