Le bassin est dominé par un employeur hors norme : Airbus Helicopters. Sur l'aéroport de Marseille-Provence, à Marignane, et sur la commune voisine de Vitrolles, le constructeur a son siège mondial et sa principale usine d'assemblage d'hélicoptères — un établissement de la tranche 5 000 à 9 999 salariés, l'un des plus gros sites industriels de la région.
On y conçoit et l'on y assemble toute une gamme d'appareils civils et militaires, des plus légers aux plus lourds, et l'on en assure le support dans le monde entier. Pour l'ingénieur qualité, ce site ouvre le registre propre à la voilure tournante : la maîtrise des pièces à durée de vie limitée — pales, moyeu, mât, boîte de transmission principale —, dimensionnées à la fatigue, dont la tenue conditionne la sécurité de vol.
Et parce que Marignane est un centre de conception autant qu'une usine, la qualité y accompagne la navigabilité dès le bureau d'études, sous le référentiel aéronautique et l'agrément de conception, une spécificité forte par rapport à un site purement de production.
Autour du constructeur gravite tout un tissu aéronautique. Sur l'aéroport, des acteurs de la maintenance comme Sabena technics assurent l'entretien des aéronefs, sous organisme agréé et navigabilité réglementée ; la ville fabrique ainsi l'appareil et l'entretient sur le même site, l'exploitant aéroportuaire complétant le tableau.
À Vitrolles, un bureau d'études de Safran et des sociétés d'ingénierie comme Segula prêtent leurs compétences en méthodes, industrialisation et assurance qualité, tandis que la logistique industrielle de la supply chain aéronautique s'organise au technoparc des Florides.
Une grappe de traiteurs de surface — électrolyse, décapage, thermolaquage, anticorrosion — occupe enfin les zones industrielles de Vitrolles : un savoir-faire de procédés spéciaux, utile à l'aéronautique, dont la qualification stricte est au cœur du métier de la qualité.
Ce qui distingue vraiment Marignane, cependant, tient à un lieu : le Technocentre Henri-Fabre, au technoparc des Florides.
Cette plateforme mutualisée, fondée par les grands industriels du territoire — le constructeur d'hélicoptères, Safran, Naval Group, le Commissariat à l'énergie atomique, Thales Alenia Space, EDF, Dassault Systèmes —, travaille les procédés d'assemblage métalliques, les revêtements et le contrôle des procédés, pour l'aéronautique comme pour le spatial, l'énergie, le naval et le médical.
C'est un lieu de qualification des procédés spéciaux et de caractérisation des matériaux unique, à Marignane même, qui irrigue la qualité de toute la filière. Le bassin est d'ailleurs le berceau du premier campus des métiers et des qualifications de France, né autour de l'aéronautique et de ce projet.
De l'autre côté de l'étang, à Berre-l'Étang, un tout autre monde industriel occupe la plateforme pétrochimique : celui de LyondellBasell, avec sa production de polyoléfines — polypropylène, polyéthylène — issue d'un vapocraqueur, dans des établissements de la tranche 250 à 999 salariés.
Ici, la qualité change complètement de nature : elle relève du procédé continu, des équipements sous pression, de la maîtrise des atmosphères explosives et de la maîtrise statistique d'une production de rang mondial, où le produit — un grade de polymère — se contrôle en continu. On ne suit plus une pièce, on garantit un flux et une nuance.
Ce voisinage improbable de l'hélicoptère et du vapocraqueur, sur un même plan d'eau, est propre à Marignane : aucun autre bassin français ne réunit la voilure tournante et la grande chimie de l'étang.
L'écosystème de formation, à l'échelle de la métropole d'Aix-Marseille, complète ce tableau : des licences professionnelles de l'industrie aéronautique et de la maintenance, un département de mesures physiques pour la métrologie, une école d'ingénieurs en mécanique et énergétique et un pôle de compétitivité régional, dont le siège est à Aix-en-Provence, structurent une filière que Marignane ancre par l'industrie.