La densité plasturgique du Haut-Bugey n'a pas d'équivalent : les sources locales décrivent la Plastics Vallée comme la première concentration d'entreprises du plastique d'Europe, avec de l'ordre de six cents entreprises dans la vallée, et la plasturgie de l'Ain est créditée par la presse professionnelle de centaines d'établissements et de milliers d'emplois.
Le tissu va du façonnier familial au groupe international. À Oyonnax, Aptar produit des systèmes de distribution — pompes, valves — pour le parfum, la cosmétique et la pharmacie ; à Montréal-la-Cluse, Arban extrude des profilés et menuiseries en PVC dans un établissement de la tranche 250 à 499 salariés ;
les Établissements Georges David y façonnent des produits plastiques de grande consommation. Ce sont quelques-uns des plus gros employeurs d'un bassin qui en compte des dizaines.
La singularité d'Oyonnax, c'est de réunir la chaîne complète de l'injection dans une même vallée. En amont, la matière : des formulateurs de masterbatch et de colorants, comme Elian à Bellignat ou Lifocolor à Izernore, préparent la teinte et les additifs. Vient ensuite la machine : fait rarissime, la vallée abrite à Bellignat, avec Billion, un constructeur de presses à injection — l'outil même du métier, fabriqué sur place.
Puis le moule, cœur du savoir-faire, façonné par une grappe de moulistes et d'outilleurs — Établissements Georges Pernoud à Groissiat, SMP à Lavancia, et bien d'autres ateliers. La régulation du procédé, ensuite, avec des spécialistes des canaux chauds et des contrôleurs thermiques comme SISE à Groissiat.
Et enfin la transformation, chez les dizaines d'injecteurs de la vallée. Aucun autre bassin français ne concentre ces cinq maillons.
Cette même technologie d'injection sert des marchés que tout oppose, et c'est là que la qualité se diversifie. L'automobile d'abord, avec des injecteurs techniques comme Adduxi à Bellignat, les Moulages Industriels du Haut Bugey à Groissiat, Tecmaplast à Martignat ou Zanini à Oyonnax, sous le référentiel de la qualité automobile.
Le médical ensuite, avec STS Plastics et Clayens à Izernore, sous le référentiel du dispositif médical et en environnement maîtrisé. Le conditionnement de la cosmétique, de la parfumerie et de la pharmacie, avec Aptar, Texen à Izernore et Brion, ou Medicos à Izernore, où entrent en jeu l'aptitude au contact, les salles blanches et les référentiels du conditionnement primaire.
L'optique de précision, enfin, avec Gaggione à Montréal-la-Cluse, qui injecte des guides de lumière. Beaucoup de ces entreprises servent plusieurs de ces marchés à la fois.
Ce qui structure et transmet ce savoir-faire tient en quelques adresses, presque toutes sur une même rue à Bellignat. Le centre technique de la plasturgie et des composites, héritier du Pôle européen de plasturgie fondé à la fin des années quatre-vingt, y mène essais, injection, caractérisation et recherche pour toute la profession.
À quelques numéros, le lycée Arbez Carme forme les techniciens de la filière, avec son brevet de technicien supérieur dédié à la plasturgie et aux composites. Le pôle de compétitivité national de la plasturgie, des caoutchoucs et des composites, né en 2020, y a son principal établissement — un pôle national, non « le pôle d'Oyonnax ».
Le campus d'Oyonnax d'une grande école d'ingénieurs lyonnaise complète l'ensemble, avec sa filière d'ingénieur en procédés de plasturgie. Un musée du peigne et de la plasturgie, à Oyonnax, garde enfin la mémoire de la lignée qui, du buis au polymère, a fait la vallée. Reste, à part, la lunetterie, héritée du celluloïd : autour d'Optisun et de plusieurs maisons de montures, elle prolonge à Oyonnax une tradition de la matière plastique travaillée avec soin.