Le cœur du bassin est aéronautique, et il tient d'abord à Daher. À Louey, sur le site historique de l'ancienne Socata, l'entreprise assemble les avions TBM — un turbopropulseur d'affaires dont c'est la seule chaîne d'assemblage au monde — et fabrique des aérostructures de premier rang pour les grands avionneurs.
C'est l'établissement le plus important du bassin, dans la tranche 1 000 à 1 999 salariés, et la qualité y relève du référentiel aéronautique, des procédés spéciaux et des règles de production propres à la construction d'aéronefs.
Autour de lui gravitent des sous-traitants d'usinage et d'aérostructures, comme Agiliteam, et une densité remarquable de traiteurs de surface — Lincotek à Soues, SPEM à Bagnères, Satys à Lanne — dont le métier, la projection thermique, la peinture ou l'étanchéité, relève des procédés spéciaux et de leur qualification stricte. Cette concentration de procédés spéciaux est, en soi, une signature du territoire.
Mais ce qui rend Tarbes vraiment unique se joue sur l'aéroport, avec Tarmac Aerosave. Cette entreprise, dans la tranche 200 à 249 salariés, stocke, entretient et surtout démantèle et recycle les avions en fin de vie — une activité que la presse présente comme l'une des premières au monde, avec une part très élevée de la masse d'un appareil valorisée et plusieurs centaines d'avions traités.
Pour l'ingénieur qualité, c'est un registre rare : d'un côté la maintenance sous organisme d'entretien agréé, de l'autre le démantèlement, à la croisée de la dépollution, du tri des matériaux et du recyclage industriel, avec ses propres bonnes pratiques et sa réglementation des déchets.
Nulle part ailleurs en France on ne trouve, sur un même aéroport, la construction, l'entretien et le recyclage de l'avion — ce que le Pyrène Aéro Pôle, technopôle dédié à ce cycle de vie, rassemble en quelques milliers d'emplois.
Le deuxième pilier est ferroviaire, mais d'une nature particulière. À Séméac, l'établissement Alstom — dans la tranche 500 à 999 salariés, sur un site né en 1921 — n'assemble pas des caisses ni des bogies : il conçoit et produit les systèmes de traction, les modules de puissance et l'appareillage qui propulsent locomotives, trains régionaux, rames à grande vitesse et bus électriques.
Alstom en fait un centre de référence mondial pour la traction. La qualité y bascule dans un univers d'électronique de puissance embarquée et de sûreté de fonctionnement — fiabilité, disponibilité, maintenabilité, sécurité —, avec les normes propres aux systèmes électroniques et logiciels du rail.
À une vingtaine de kilomètres, à Bagnères-de-Bigorre, CAF, filiale du groupe ferroviaire espagnol et héritière des ateliers Soulé, construit du matériel roulant — métros, tramways, rames de grandes lignes — dans la tranche 100 à 199 salariés, sous référentiel ferroviaire, soudage et normes de tenue au feu. Deux facettes complémentaires du rail, réunies au piémont pyrénéen.
Le troisième pilier tient à l'histoire militaire de la ville. Héritier de l'arsenal de Tarbes, KNDS Ammo — l'ancien Nexter Munitions — y exploite un pôle de pyrotechnie, dans la tranche 100 à 199 salariés, où la qualité relève de l'assurance qualité de défense et des exigences propres aux matières et procédés pyrotechniques.
À cela s'ajoutent un tissu électrotechnique, avec les appareillages de Comeca à Bagnères, et une fonction support essentielle, la métrologie, avec un laboratoire d'étalonnage accrédité à Séméac — sans lequel aucun des contrôles des autres filières ne vaudrait.
L'écosystème de formation, enfin, donne au bassin un atout rare : l'École nationale d'ingénieurs de Tarbes, école publique du groupe des instituts nationaux polytechniques, forme sur place des ingénieurs en génie mécanique et en génie industriel — un vivier local direct pour la qualité —, relayée par l'institut universitaire de technologie et sa formation de génie mécanique et productique, tournée vers la métrologie et le contrôle.
Cette conjonction d'une aéronautique du cycle de vie, d'un ferroviaire de traction, d'une défense pyrotechnique et d'une école d'ingénieurs fait de Tarbes un bassin industriel dense et singulier, où un qualiticien trouve à s'employer sans quitter les Pyrénées.