Le premier pilier data d'Angers est le végétal, et c'est le plus distinctif du bassin.
Sur le Campus du végétal, à Beaucouzé et Angers, l'unité de recherche en horticulture et semences de l'INRAE opère la plateforme PHENOTIC, un dispositif de phénotypage à haut débit créé en 2009 et étendu en 2023 par une extension baptisée Phénotic 2 : elle image la plante depuis la graine jusqu'à
l'organe entier et produit, selon l'INRAE, plusieurs téraoctets de données par cycle, avec un thème de bio-informatique dédié qui met en regard le phénotype et le génotypage. Labellisée nationalement et intégrée à des infrastructures de recherche, elle constitue un environnement de données végétales que l'institut présente comme unique en Europe.
À quelques centaines de mètres, le Groupe d'étude et de contrôle des variétés et des semences (GEVES), dont le siège est à Beaucouzé, produit les données variétales de référence de la France : via son laboratoire BioGEVES, il caractérise les variétés par marqueurs moléculaires — les fameux SNP et
SSR —, détecte les organismes génétiquement modifiés et les pathogènes, et gère des collections de référence combinant descripteurs morphologiques et données de génotypage, socle du catalogue officiel des espèces et variétés. C'est le seul lieu français où l'analyste de données travaille la variété végétale certifiée.
Le laboratoire de la santé des végétaux de l'ANSES, à Angers, complète ce socle par la donnée de surveillance et de diagnostic des organismes nuisibles, tandis que deux instituts techniques — l'ASTREDHOR pour l'horticulture, le CTIFL pour les fruits et légumes — ajoutent la donnée d'expérimentation agronomique.
Le tout est animé par le pôle de compétitivité du végétal, Végépolys Valley, dont le siège est à Angers, qui porte aussi le numérique agricole. Le deuxième pilier est l'objet connecté et la ville intelligente.
Angers est au cœur d'une filière électronique dense, structurée par le cluster We Network — le réseau de l'électronique professionnelle du Grand Ouest, soutenu par l'État, la Région et la métropole, qui revendique de l'ordre de deux cents acteurs et quarante mille emplois sur le Grand Ouest et porte, à Angers, un Technocampus Électronique et IoT, aux côtés de la Cité de l'objet connecté.
Ce positionnement vaut à Angers d'être présentée comme une référence nationale de l'IoT dans le label French Tech porté par Angers Technopole — un chiffre et un superlatif qu'il faut attribuer, non énoncer comme des faits objectifs.
Deux industriels ancrent cette filière côté donnée : Evolis, au siège de Beaucouzé, concepteur-fabricant d'imprimantes à cartes plastiques, et Eolane, à Angers, spécialiste de l'assemblage de cartes électroniques, qui produisent une donnée industrielle de production, de traçabilité et de parc connecté — à distinguer, pour Eolane, de son usine d'Ombrée d'Anjou, hors de l'agglomération.
Surtout, la donnée urbaine change ici d'échelle avec « Angers Territoire intelligent » : un contrat porté par la communauté urbaine et un consortium mené par Engie, de l'ordre de cent soixante-dix-huit millions d'euros sur douze ans, qui déploie environ cinquante mille capteurs dans l'agglomération — éclairage, eau, déchets, stationnement, mobilité —, avec une donnée anonymisée, propriété de la collectivité et hébergée par un tiers de confiance.
C'est un débouché data public d'une ampleur peu commune, propre à Angers. Le troisième pilier est la santé et la recherche clinique.
L'Institut de cancérologie de l'Ouest, sur son site Paul Papin à Angers, est un centre de lutte contre le cancer : sa donnée est celle de la recherche oncologique, de la biostatistique et des essais cliniques, un univers distinct de celui d'un CHU généraliste — étant entendu que l'ICO a un second site du côté de Nantes, et que le site angevin est Paul Papin.
Le CHU d'Angers, réparti entre Angers et Saint-Barthélemy-d'Anjou, ajoute la donnée d'activité hospitalière, de pilotage médico-économique et d'entrepôt de données de santé, dont la sensibilité relève du secteur.
Autour de ces trois piliers gravitent l'Université d'Angers, employeur d'enseignants-chercheurs et fournisseur du vivier, avec ses laboratoires d'informatique et d'ingénierie des systèmes — le LERIA, tourné vers l'intelligence artificielle et l'optimisation combinatoire, le LARIS, le LAREMA en mathématiques — ;
deux centres de services numériques, Atos à Trélazé et Sopra Steria à Angers, qui staffent des missions data pour les comptes régionaux, fait de marché ordinaire ; et la communauté urbaine elle-même, productrice d'open data territorial. Deux mises au point s'imposent.
La première, honnête, écarte une fausse piste : Angers n'est pas une place d'assurance — les entités mutualistes locales sont fermées — ni une place de banque de gestion, dont le cœur régional bat plutôt à Nantes ; il ne faut pas y projeter un pôle qui n'existe pas.
La seconde tient à la maille : le grand semencier de l'Anjou, Vilmorin, est à La Ménitré, hors de l'agglomération, à environ vingt-cinq kilomètres, et l'on parlera alors de « vallée de la semence angevine » au niveau régional, jamais « à Angers ». Au bout du compte, ce tableau brosse un marché data singulier, branché sur le vivant, l'objet et le soin, où l'analyste qui arrête son terrain et s'y rend précis déniche des sujets que peu de villes proposent.