Le cœur du marché grenoblois est la microélectronique, et il se lit d’abord dans le Grésivaudan.
À Crolles, à une quinzaine de kilomètres au nord-est, STMicroelectronics exploite une unité de fabrication de plaques de silicium 300 mm (entités STMicroelectronics Crolles 2 SAS et STMicroelectronics France, rue Jean Monnet, tranches d’effectif de 2 000 à 4 999 et de 1 000 à 1 999 salariés) : la donnée y est celle du procédé et du rendement — le « yield » —, des cartes de contrôle et de la maîtrise statistique des procédés, des équipements et des tests.
Le même groupe tient sur la presqu’île grenobloise, rue Jules Horowitz, ses entités de conception et de caractérisation (STMicroelectronics Grenoble 2 et STMicroelectronics Alps, de 500 à 1 999 salariés). À Bernin, tout près de Crolles, Soitec (parc technologique des Fontaines, de 1 000 à 1 999 salariés) fabrique des substrats semi-conducteurs et travaille la donnée de rendement et de contrôle qualité de ces plaques.
Autour de ce duo gravitent d’autres fabricants : Lynred à Veurey-Voroize (à une dizaine de kilomètres au nord-ouest, détecteurs infrarouges, de 1 000 à 1 999 salariés) sur la donnée de test et d’étalonnage de capteurs ; Aledia, dont le siège et la R&D sont à Échirolles (parc Sud Galaxie) et l’usine à Champagnier, sur la micro-LED ;
Teledyne e2v Semiconductors à Saint-Égrève (capteurs d’image) ; Tronics Microsystems, du groupe TDK, à Crolles (capteurs MEMS inertiels) ; et le concepteur de processeurs Kalray à Montbonnot-Saint-Martin. Trixell, à Moirans (Centr’Alp, co-entreprise largement documentée entre Thales, Philips et Siemens Healthineers), fabrique des détecteurs à rayons X pour l’imagerie médicale — donnée de rendement et de qualité, à la charnière de la puce et de la santé. Pour un data analyst, tout ce pôle parle la même langue : rendement, procédé, test, qualité de fabrication.
Le deuxième socle, unique lui aussi, est celui de la recherche technologique et des grands instruments, massé sur la presqu’île scientifique, autour de l’avenue des Martyrs. Le CEA y opère le CEA-Leti, institut de recherche en micro-nanoélectronique (semi-conducteurs, capteurs, photonique, imagerie), et le CEA-Liten sur l’énergie : la donnée y est de caractérisation et de procédé, sans qu’aucun caractère réglementaire ne soit attaché à l’établissement.
À quelques centaines de mètres, le synchrotron européen ESRF et la source de neutrons de l’Institut Laue-Langevin produisent des volumes massifs de donnée expérimentale, dont la restitution et l’analyse sont un métier à part entière.
Air Liquide Advanced Technologies, à Sassenage, ajoute la donnée d’essais et de procédés cryogéniques pour la grande science et le spatial, tandis que l’Inria, à Montbonnot, et le CNRS, tutelle du laboratoire d’informatique de Grenoble, ancrent la recherche sur la donnée. C’est un terrain où l’analyse rejoint la mesure physique, très éloigné de la donnée de gestion.
Le troisième pôle relève de l’énergie et de l’industrie. Schneider Electric tient à Grenoble son principal pôle industriel et de R&D — sur l’avenue des Martyrs et rue Henri Tarze, avec des sites à Moirans et au Fontanil-Cornillon —, où se traitent la gestion de l’énergie, les données de production et de qualité industrielle et l’IoT industriel ;
on précisera que le siège du groupe est ailleurs, à Rueil-Malmaison, et non dans l’agglomération. Caterpillar, à Grenoble (avenue Léon Blum) et à Échirolles, produit une donnée de fabrication, de qualité et de chaîne d’approvisionnement pour ses matériels ; l’énergéticien local Gaz et Électricité de Grenoble travaille la donnée de consommation, de réseau intelligent et de relation client ;
et Radiall, à Voreppe, la qualité de production de sa connectique. Le quatrième pôle est celui de la santé et de la medtech : le CHU Grenoble Alpes, réparti entre le site Michallon à La Tronche et le site Sud à Échirolles, fait vivre un entrepôt de données de santé et une analyse de l’activité hospitalière sous cadre RGPD et hébergement de données de santé ;
Becton Dickinson, au Pont-de-Claix, produit une donnée de qualité et de production de dispositifs médicaux ; et bioMérieux tient à Grenoble, zone Polytec, un site de R&D en diagnostic in vitro (son cœur industriel étant, lui, à Marcy-l’Étoile, dans le Rhône).
Deux pôles plus légers referment le tableau. Le sport et l’outdoor, d’abord, avec la saisonnalité marquée qui va avec : Petzl, à Crolles et Eybens (matériel de verticalité pour l’escalade, l’alpinisme et le travail en hauteur), et Skis Rossignol, à Saint-Jean-de-Moirans, dont l’activité épouse le rythme des saisons d’hiver, travaillent l’analyse des ventes, la prévision de la demande et le pilotage de la chaîne d’approvisionnement ;
l’éditeur et société de services grenoblois Hardis Groupe, spécialiste des logiciels de logistique, leur apporte l’outillage décisionnel. La banque, ensuite : le Crédit Agricole Sud Rhône Alpes, caisse régionale dont le siège est à Grenoble, place de la Résistance, emploie la donnée pour le reporting réglementaire, le risque de crédit, le scoring, la relation client et le pilotage commercial de son réseau d’agences.
Par-dessus tout cela circule la couche de service numérique — Capgemini à Montbonnot (empreinte microélectronique et embarqué), Sopra Steria et Atos à Grenoble, l’éditeur de simulateurs Corys — qui figure parmi les donneurs d’ordre du marché, comme un simple fait de marché énoncé sans jugement.
Deux d’entre eux méritent une mention à part : l’éditeur Corys, dont les simulateurs d’installations industrielles, énergétiques et ferroviaires produisent une donnée de conduite et de procédé que le data analyst exploite pour l’entraînement et l’optimisation, et le concepteur de processeurs Kalray, à Montbonnot, sur la donnée de test et de qualification de ses puces.
À ces employeurs s’ajoutent la donnée publique et un écosystème d’innovation d’une densité rare. fr, qui met à disposition sous licence ouverte des jeux de données urbains, de mobilité et d’environnement — une matière de restitution cartographique et de tableaux de bord territoriaux, éloignée de la donnée de fabrication des autres pôles.
Autour, la presqu’île scientifique fédère la deep-tech : le campus GIANT, qui rassemble le CEA, le CNRS, le synchrotron européen, la source de neutrons, Grenoble INP et l’Université Grenoble Alpes, revendique de l’ordre de 250 hectares, plus de 10 000 chercheurs et étudiants et plus de 500 start-up.
Le campus MINATEC y concentre l’innovation en micro-nanotechnologies, le pôle de compétitivité Minalogic anime la filière micro-nanoélectronique, photonique et logiciel, et la société d’accélération Linksium transforme la recherche du bassin en jeunes entreprises. C’est cette superposition — fabrication, recherche, grands instruments et logiciel — qui fait du bassin un terrain de données industrielles et scientifiques sans équivalent en France.
Vue d’ensemble, la donnée grenobloise se répartit clairement sur le terrain. La fabrication de puces occupe la vallée du Grésivaudan, de Crolles à Bernin, au nord-est. La recherche et les grands instruments tiennent la presqu’île scientifique, sur l’axe de l’avenue des Martyrs, au nord-ouest du centre.
L’énergie, l’industrie et le service numérique se répartissent entre Grenoble intra-muros, Montbonnot et la couronne ouest, de Sassenage à Voreppe. La santé se concentre à La Tronche et au sud, le sport à Crolles et dans le Voironnais. Un même intitulé de poste, mais des communes et des mondes de données bien distincts — ce que la seule mention « Grenoble » sur une annonce ne laisse jamais deviner.