Le socle nancéien de la donnée tient d'abord à un ensemble de recherche exceptionnel pour une agglomération de cette taille. Le LORIA — Laboratoire lorrain de recherche en informatique et ses applications, unité mixte du CNRS, de l'Université de Lorraine et d'Inria — est installé à Vandœuvre-lès-Nancy et réunit, d'après le laboratoire, une trentaine d'équipes réparties en cinq départements et plus de cinq cents personnes ;
ses travaux couvrent l'intelligence artificielle, l'apprentissage automatique et, spécialité nancéienne, le traitement automatique des langues. À ses côtés, le centre Inria de l'Université de Lorraine, à Villers-lès-Nancy, regroupe une vingtaine d'équipes-projets et plusieurs centaines de personnes sur les sciences du numérique.
L'Institut Élie Cartan de Lorraine porte, lui, la statistique et l'apprentissage statistique, et l'ensemble est fédéré par la Fédération Charles Hermite, qui réunit les laboratoires de mathématiques et d'informatique du site. Le CNRS est présent en propre, notamment via l'INIST à Vandœuvre-lès-Nancy, son institut de l'information scientifique et technique, dont le métier est précisément le traitement et la valorisation des données de la recherche.
Deuxième pilier, la santé. Equasens, anciennement groupe Pharmagest, éditeur de logiciels pour l'officine et les professionnels de santé, a son siège à Villers-lès-Nancy : c'est une entreprise de taille intermédiaire dont le cœur est la donnée de santé et l'e-santé. Le CHRU de Nancy, réparti entre l'Hôpital Central et les Hôpitaux de Brabois à Vandœuvre-lès-Nancy, figure parmi les tout premiers employeurs du bassin ;
sa recherche clinique s'appuie sur le Centre d'Investigation Clinique Inserm 1433 « Pierre Drouin » et sur la cohorte STANISLAS, un suivi de long terme de plusieurs milliers de volontaires sains de la région nancéienne — matière première d'analyses épidémiologiques et de données de santé qu'on ne trouve pas partout.
L'Institut de Cancérologie de Lorraine, à Vandœuvre-lès-Nancy, complète ce versant santé avec ses données d'imagerie et d'oncologie.
Troisième pilier, la donnée environnementale et forestière : AgroParisTech, dont le centre de Nancy est historiquement lié à la forêt et au bois, et le centre INRAE Grand Est de Champenoux travaillent la modélisation et les données spatiales de l'environnement — une niche nancéienne, adossée à une longue tradition forestière.
À côté de ces trois piliers, la donnée bancaire et de gestion existe aussi : le groupe BPCE dispose à Nancy d'un établissement de son entité informatique (BPCE Infogérance et Technologies), et des banques régionales — la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne à Nancy, la Caisse d'Épargne Grand Est Europe à Pont-à-Mousson — y tiennent des fonctions de siège ou de réseau qui reposent sur le reporting, le risque et la relation client.
Enfin, une base de services numériques staffe des projets data pour les comptes régionaux : Capgemini Technology Services, avec des établissements à Nancy et à Maxéville, ainsi que Sopra Steria et CGI, présents dans l'agglomération.
Cet écosystème est structuré par le Technopôle Henri-Poincaré, à cheval sur Vandœuvre-lès-Nancy et Villers-lès-Nancy, qui rassemble sur le plateau de Brabois le CHRU, l'Institut de Cancérologie, l'Université de Lorraine, le CNRS et le LORIA, avec son association d'entreprises NBTECH ; le campus ARTEM, à Nancy, y ajoute l'alliance de Mines Nancy, d'ICN Business School et de l'École nationale supérieure d'art et de design.
La scène numérique locale s'inscrit dans l'écosystème French Tech du Sillon Lorrain, animé à l'échelle de Thionville, Metz, Nancy et Épinal. Il faut enfin dire la vérité sur l'échelle : Nancy n'aligne pas un quartier d'éditeurs de logiciels comme certaines métropoles, et sa demande data se loge à l'intérieur d'employeurs installés plutôt que dans une vitrine estampillée « tech ».
Le bassin a aussi son versant industriel — Saint-Gobain PAM, à Pont-à-Mousson et à Ludres, dans la fonte et la canalisation, et une chimie ancienne à Laneuveville-devant-Nancy et à Dombasle-sur-Meurthe — où la donnée sert la production, la qualité et la logistique plus que l'analyse commerciale.
La formation de gestion est présente elle aussi, avec ICN Business School sur le campus ARTEM, qui enseigne l'analytique et alimente le vivier des fonctions décisionnelles.
Le plateau de Brabois, lui, concentre sur quelques kilomètres carrés le CHRU, l'Institut de Cancérologie, l'Université de Lorraine, le CNRS et le LORIA : une densité peu commune, qui explique qu'un data analyst puisse y croiser, dans la même semaine, un statisticien de la santé, un chercheur en apprentissage automatique et un ingénieur de production.
Cette combinaison — une recherche informatique de premier plan, un pôle de santé doté d'une vraie recherche clinique, un socle industriel et bancaire — fait la singularité du marché nancéien : la compétence data s'y monnaie au contact de la matière et des équipes, jamais dans l'abstraction, et récompense la précision plus que le volume de candidatures.