Le noyau exclusif de Dijon tient d'abord à la science des données du goût. Le Centre des sciences du goût et de l'alimentation, unité de recherche qui associe le CNRS, l'INRAE, l'Institut Agro Dijon et l'université, exploite une plateforme de sensométrie qui produit et analyse de la donnée sensorielle : chimiométrie, olfactométrie, gustométrie, neuro-imagerie.
Elle a même donné naissance à des artefacts de données bien concrets et propres à Dijon — un logiciel d'acquisition et d'analyse de données sensorielles, et une base de plusieurs milliers de dégustateurs référencés. À ses côtés, le pôle de compétitivité Vitagora, dont le siège est à Dijon, anime, avec des centaines de membres, des projets de données au croisement de l'alimentation, de la nutrition et de la santé.
Si l'on change le nom de la ville, ces faits deviennent faux : c'est le socle le plus exclusif du bassin. Deuxième pilier, la donnée de santé et d'oncologie. Le CHU Dijon Bourgogne, l'un des plus grands employeurs de la région, porte la donnée d'activité, la biostatistique et l'épidémiologie ; le Centre Georges-François Leclerc, centre régional de lutte contre le cancer, y ajoute la donnée d'oncologie, de recherche clinique et d'imagerie ;
et, spécificité dijonnaise, un registre bourguignon des cancers digestifs, rattaché au CHU, à l'INSERM et à l'université, enregistre depuis les années 1970 tous les cancers digestifs du territoire — une donnée épidémiologique de population, longitudinale, qualifiée au sein du réseau national des registres.
Le nom même de l'unité INSERM locale, « Lipides Nutrition Cancer », dit le croisement, propre à Dijon, entre donnée alimentaire et donnée oncologique. Troisième pilier, la donnée urbaine : Dijon Métropole opère un poste de pilotage connecté, en service depuis 2019, qui centralise la donnée urbaine des communes de la métropole — trafic, milliers de points d'éclairage, vidéo, géolocalisation, priorité aux bus — dans un centre unique ;
c'est l'un des premiers postes de pilotage urbain intégrés de France, et un gisement d'open data et de donnée territoriale. Autour de ces trois marqueurs, un tissu bancaire et agro complète le paysage. La Caisse d'Épargne Bourgogne Franche-Comté a son siège à Dijon : un centre de décision bancaire régional, où se traitent le risque, le reporting, la relation client et le pilotage d'un réseau.
Groupama Grand Est y tient un site majeur — même si le siège du groupe régional est ailleurs — avec sa donnée assurantielle et actuarielle. Le groupe BPCE, maison mère de la Caisse d'Épargne, exploite à Dijon un pôle informatique bancaire, entre infrastructure et exploitation de données. La coopérative Dijon Céréales, dont le siège est à Longvic, dans l'agglomération, travaille la donnée agronomique et de marché des matières premières.
La recherche, enfin, s'incarne dans le Laboratoire d'informatique de Bourgogne, rattaché à l'Université Bourgogne Europe, dont un axe de recherche s'intitule explicitement « science des données », aux côtés d'un laboratoire d'imagerie et d'intelligence artificielle.
L'écosystème d'innovation se lit à l'échelle régionale, portée par la French Tech Bourgogne-Franche-Comté, labellisée capitale French Tech, dont l'événement phare se tient à Dijon — une maille régionale, et non une structure proprement dijonnaise.
On trouve aussi, dans le bassin, des sociétés de services numériques qui staffent des missions data pour des comptes régionaux, dont l'une est co-traitante du poste de pilotage urbain : des faits de marché, sans jugement de valeur. Trois de ces marqueurs méritent d'être précisés, car ils font la singularité du bassin.
La plateforme de sensométrie du Centre des sciences du goût n'est pas qu'un laboratoire : elle a produit un logiciel d'acquisition et d'analyse de données sensorielles, aujourd'hui utilisé au-delà de Dijon, et une base de plusieurs milliers de dégustateurs référencés — deux artefacts de données concrets, propres à la ville.
Le poste de pilotage urbain de la métropole, lui, est né d'un contrat de douze ans confié à un consortium d'industriels, et centralise dans un centre unique la donnée de vingt-trois communes : trafic, dizaines de milliers de points d'éclairage, vidéo, priorité aux bus — l'un des premiers dispositifs de ce type en France.
Le registre bourguignon des cancers digestifs, enfin, suit depuis les années 1970 tous les cas d'un territoire, ce qui en fait une donnée de population longitudinale rare, adossée au réseau national des registres qualifiés.
À ces trois marqueurs s'ajoute une recherche informatique structurée : le Laboratoire d'informatique de Bourgogne, né en 2019 de la réorganisation d'un laboratoire plus ancien, côtoie un laboratoire d'imagerie et d'intelligence artificielle et une équipe d'intelligence artificielle distribuée — un trio qui couvre la science des données, l'image et l'IA.
Autant dire que, pour une ville de sa taille, Dijon dispose d'un socle de données inattendu : ni cluster d'éditeurs, ni métropole tech, mais une addition de niches — le goût, la santé, la ville connectée, l'agro — dont chacune vaut, pour un data analyst curieux de son domaine, bien plus qu'un intitulé générique.