Le pilier exclusif de Tours est mutualiste. Deux grands centres de systèmes d'information de la complémentaire santé y sont installés. MGEN Technologies, entité de développement du système d'information de la MGEN, occupe un site réel rue de Bonne Nouvelle, à Tours, avec une centaine à deux centaines de personnes : sa matière, c'est la donnée de gestion d'une mutuelle — adhérents, cotisations, remboursements, actuariat, pilotage.
À quelques kilomètres, à Saint-Pierre-des-Corps, les Systèmes d'Information Harmonie Mutuelle — le bras informatique de la première mutuelle santé de France, au sein du groupe VYV — forment un pôle SI encore plus grand, réparti sur plusieurs adresses de l'agglomération. Ensemble, ces deux centres font de Tours un vrai foyer de la donnée de l'assurance santé : c'est l'angle le plus distinctif de la ville, et il est propre à elle.
Deuxième pilier, l'électronique de puissance : STMicroelectronics dispose à Tours d'une fab de semi-conducteurs, un environnement où la donnée est reine — test électrique sur plaquette, analyse de rendement et paramétrique, maîtrise statistique des procédés, données d'équipements, données expérimentales de R&D.
C'est le traitement de la donnée de production et de recherche d'une usine de composants, un terrain rare, à distinguer nettement de la qualification produit qui relève d'un autre métier.
Troisième pilier, la santé : le CHRU de Tours, réparti entre Bretonneau, Clocheville et Trousseau, figure parmi les premiers employeurs de l'agglomération et porte la donnée d'activité hospitalière, la recherche clinique, l'imagerie médicale, adossées à la recherche biomédicale de l'université.
Quatrième pilier, une grappe de services numériques bien réelle, structurée par le hub TGV : autour de la ZAC de la Gare, à Saint-Pierre-des-Corps, se concentrent CGI, Capgemini et le SI d'Harmonie Mutuelle ; du côté des Deux Lions, au sud de Tours, on trouve CGI encore, Atos, Sopra Steria et Worldline.
Ces sociétés staffent des missions de décisionnel, de data et d'analytics pour leurs clients — un fait de marché, sans jugement de valeur, ces employeurs étant aussi des donneurs d'ordre. La bancassurance ajoute une veine : le Crédit Agricole de la Touraine et du Poitou tient un centre administratif à Tours, avenue Winston-Churchill, où se traitent risque, relation client, reporting réglementaire et contrats d'assurance ;
il faut préciser, par honnêteté, que le siège de la caisse est à Poitiers et que ses effectifs couvrent deux départements, si bien qu'on ne peut isoler un chiffre tourangeau. Worldline, héritier de la monétique locale, apporte une donnée de transaction, sur une empreinte tourangelle modeste.
Le socle de recherche, enfin, s'incarne dans le LIFAT, le laboratoire d'informatique fondamentale et appliquée de Tours, dont les équipes travaillent la fouille de données, l'apprentissage automatique, le traitement automatique des langues, le traitement d'images et l'optimisation — avec une équipe de recherche opérationnelle spécialisée dans l'ordonnancement et le transport.
L'écosystème s'anime autour de la French Tech Loire Valley, dont le site-phare tourangeau est MAME, la cité de la création et de l'innovation, et du pôle de compétitivité S2E2, dont le siège est à Tours depuis 2005 et qui travaille l'énergie intelligente et les réseaux électriques connectés — un débouché pour la donnée de séries temporelles énergétiques.
Trois précisions achèvent de camper ce marché. La grappe de services numériques n'est pas une vue de l'esprit : elle se lit dans deux lieux nommés — la ZAC de la Gare, à Saint-Pierre-des-Corps, où se côtoient CGI, Capgemini et le système d'information d'Harmonie Mutuelle, et le quartier des Deux Lions, au sud de Tours, où l'on trouve CGI encore, Atos, Sopra Steria et Worldline.
Cette concentration autour du hub TGV, à une heure de Paris, explique qu'une part du travail data tourangeau se fasse en régie, pour des comptes qui dépassent la région.
La recherche, ensuite, n'est pas une abstraction : le laboratoire LIFAT s'organise en équipes aux spécialités data lisibles — bases de données et traitement automatique des langues, reconnaissance de formes et analyse d'images, recherche opérationnelle avec un axe d'ordonnancement et de transport
particulièrement pertinent pour un territoire de logistique — et rassemble une cinquantaine d'enseignants-chercheurs et une quarantaine de doctorants, entre Tours et Blois.
L'honnêteté sur les pièges de formation, enfin, dit quelque chose du bassin : plusieurs cursus qu'on rattache spontanément à Tours n'y sont pas — le master de science des données pour les enjeux sociétaux est à Blois, le BUT orienté données de la région est à l'IUT d'Orléans, et l'INSA Centre-Val de Loire a ses campus à Blois et à Bourges.
Tours forme donc, sur le campus de Grandmont, des statisticiens et des ingénieurs de haut niveau adossés à une vraie recherche, mais pas une filière estampillée « science des données » : c'est un fait, et il vaut mieux le connaître avant de bâtir son projet.
Reste que, entre le pôle mutualiste, la fab de composants, la grappe de services du hub TGV et le laboratoire LIFAT, la matière data ne manque pas — elle est simplement répartie entre des mondes qu'il faut apprendre à distinguer.
Un dernier repère aide à situer le bassin dans le temps : le pôle S2E2, né à Tours en 2005, y a installé durablement la donnée de l'énergie intelligente, quand le semi-conducteur, avec une fab tournée vers l'électronique de puissance, ancre depuis des décennies une culture de la mesure et du rendement.
Le CHRU, réparti entre les sites de Bretonneau, Clocheville et Trousseau, prolonge cette diversité du côté de la donnée de santé. À l'échelle d'une métropole moyenne, cette juxtaposition — mutuelle, électronique, services, santé, énergie, recherche — offre au data analyst une variété de terrains rare, à condition d'accepter d'en choisir un plutôt que de courir après tous : c'est dans la spécialisation, ici, que se gagne la différence.