Commençons par le plus lisible en donnée décisionnelle « pure » : le grand public, installé sur les Bassins à flot et la rive droite. Quai de Bacalan, Cdiscount — parmi les plus gros e-commerçants de France — fait de l’analyse du parcours d’achat, du merchandising, du pricing et de la performance commerciale un travail de tous les jours, épaulé par une logistique à Cestas, à une vingtaine de kilomètres, et à Bruges.
Sur le même quai, l’opérateur de jeux et de paris en ligne Betclic, agréé par l’Autorité nationale des jeux, scrute le comportement, les indicateurs produit et la détection de fraude. À deux pas, avenue Abadie, le studio Ubisoft Bordeaux vit de la donnée de joueurs, du live-ops et des tableaux de bord d’engagement, tandis qu’Asobo Studio, à qui l’on doit Microsoft Flight Simulator, exploite la télémétrie de jeu et l’analyse produit.
Ce cœur « data produit grand public » est celui qui, dans toute la métropole, se rapproche le plus du web analytics et de la mesure d’audience. Réunis sur quelques centaines de mètres de quai, ces acteurs concentrent une donnée comportementale d’un volume qu’on rencontre rarement en région, et un besoin d’analyse produit — cohortes, rétention, tunnels — qui va avec.
Vient ensuite la signature de la ville : le vin. Sur les quais et dans la couronne, une constellation de négociants a fait de la donnée commerciale, d’export et de campagne un savoir-faire. Millésima, quai de Paludate, vend les grands crus en ligne et en primeur — parcours client international, tarification des campagnes, suivi des ventes.
Place Rohan, Duclot pilote l’allocation et le prix des vins fins et tient l’enseigne « L’Intendant ». À Carignan-de-Bordeaux, la Maison Ginestet mène le négoce, l’assemblage et le suivi de millésime ; la Maison Johanes Boubée, rue Boileau, adossée au groupe Carrefour, gère la distribution et le référencement depuis un dépôt logistique à Beychac-et-Caillau ;
à Blanquefort, Castel Frères conduit ventes, distribution et supply chain, et à Bruges, CVBG–Dourthe-Kressmann pilote l’export et la donnée de campagne, chais à l’appui à Parempuyre. Au cœur de Bordeaux, le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux publie un observatoire économique de la filière — la donnée de marché du vin à l’échelle régionale.
Et cette filière a son revers scientifique : à Villenave-d’Ornon, l’INRAE et l’Institut des sciences de la vigne et du vin travaillent la donnée agronomique, la viticulture de précision et le phénotypage — des séries de mesures de parcelle, de cépage et de météo que l’on rattache ensuite au millésime.
Traiter la donnée du vin, du marché jusqu’à la parcelle, est un terrain que ni Lyon, ni Nantes, ni Rennes ne peuvent offrir.
Cap à l’ouest, à présent, dans un couloir industriel qui se déploie en couronne et jamais dans Bordeaux intra-muros. À Mérignac, à environ neuf kilomètres, Dassault Aviation assure l’assemblage final d’avions militaires (Rafale) et d’affaires (Falcon), doublé d’un site de voilures à Martignas-sur-Jalle, à une quinzaine de kilomètres : la matière y relève du reporting qualité et production et du suivi des non-conformités.
Toujours à Mérignac, Thales aligne avionique et systèmes de mission — donnée de test, de fiabilité d’équipements et de reporting qualité —, et Safran Electrical & Power, sur le Parc Kennedy, celle de la fabrication de systèmes électriques aéronautiques ;
Sabena technics y mène une activité de maintenance d’aéronefs — fiabilité, suivi de flotte, planification — et Airbus Atlantic, héritier de Stelia Aerospace, des aérostructures, avec une activité composite à Salaunes, à vingt-cinq kilomètres.
Une dizaine de kilomètres plus au nord-ouest, autour du Haillan et de Saint-Médard-en-Jalles, ArianeGroup travaille la propulsion pour lanceurs spatiaux et systèmes de défense et, à Magudas, Roxel celle des missiles tactiques — donnée d’essais de propulsion et de caractérisation —, quand Safran
Ceramics conduit la recherche sur les matériaux composites céramiques et qu’à Pessac, sur le Parc Bersol, Exxelia fabrique des composants électroniques passifs pour ces mêmes filières. Tout ce couloir tient dans une bande de huit à dix-sept kilomètres à l’ouest du centre, jamais au-delà.
On y insiste une fois pour toutes : dans tout ce couloir, l’angle reste la nature de la donnée — essais, propulsion, fabrication, maintenance —, et non un statut de l’entreprise, qu’un tel dossier n’a d’ailleurs aucune raison de mentionner.
Deux pôles achèvent ce tableau industriel. Le laser et la photonique, au sud-ouest d’abord : à Pessac, la Cité de la Photonique — grappe d’entreprises portée par la SEML Route des Lasers — réunit des fabricants comme Amplitude, spécialiste des lasers femtoseconde, avenue de Canteranne, et à Talence, adossé à l’Institut d’optique d’Aquitaine, le centre technologique ALPhANOV travaille la donnée de procédés optiques ;
à vingt-sept kilomètres, au Barp, le centre CESTA du CEA est un grand centre d’essais dont on ne décrit, là encore, que le type de donnée — essais, métrologie, caractérisation.
La santé, ensuite, très encadrée : le CHU de Bordeaux répartit son activité entre le groupe hospitalier Pellegrin, le site Saint-André et l’hôpital Haut-Lévêque, à Pessac — reporting d’activité, pilotage médico-économique, données placées sous le régime de l’hébergement des données de santé —, tandis que l’Institut Bergonié, centre de lutte contre le cancer, fait vivre des registres oncologiques et une activité de recherche clinique.
Vient le versant financier et statistique. Sur les quais, la Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes, parvis Corto Maltese, et la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique, quai des Queyries, mettent la donnée au service du reporting prudentiel, de l’analyse du risque et du pilotage de leur réseau d’agences ;
l’informatique du groupe BPCE veille tout près, à Mérignac et à Bruges, sur la production et la qualité de la donnée bancaire.
La statistique publique, enfin, se pilote depuis la ville : la direction régionale de l’INSEE, rue Letellier, prolongée par un grand centre de traitement à Libourne, à vingt-huit kilomètres, produit la donnée socio-économique de la Nouvelle-Aquitaine, quand Bordeaux Métropole, esplanade Charles-de-Gaulle, ouvre son open data et fait vivre systèmes d’information géographique, données de mobilité et pilotage des politiques publiques.
Une couche de service numérique recouvre l’ensemble : Capgemini — dont l’entité d’ingénierie affiche une forte empreinte aéronautique — et Sopra Steria à Mérignac, CGI au Haillan, où loge une antenne dédiée à la défense et au spatial, et Onepoint, sur le conseil et les missions data, à la Cité Numérique de Bègles.
Tous se rangent au rang des principaux donneurs d’ordre du bassin, ce qu’on énonce comme un simple fait de marché. Récapitulons la carte, car elle mérite un coup d’œil avant de postuler : le grand public et le jeu sur les Bassins à flot ; le négoce du vin sur les quais et dans la métropole ; l’aéronautique et la défense dans le couloir ouest, de Mérignac au Haillan ;
le laser et la science à Pessac et Talence ; la statistique publique au centre. Derrière une seule et même ligne d’annonce — « data analyst à Bordeaux » — se cachent ainsi des adresses distantes les unes des autres et des matières sans lien entre elles, ce qu’aucune offre ne dit jamais d’emblée.