Le premier pilier data de Brest est océanographique, et il est sans équivalent en France. À Plouzané, à quelques kilomètres à l'ouest du centre, sur le Technopôle Brest-Iroise, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, Ifremer, a son siège social et y opère le centre de données in-situ Coriolis.
C'est de là qu'est assemblée et diffusée la contribution mondiale au programme Argo : ce réseau de quelques milliers de flotteurs profilant la température et la salinité de l'océan jusqu'à deux mille mètres de profondeur voit ses données rassemblées dans l'un des deux seuls centres d'assemblage global de la planète — le centre Coriolis de Brest, l'autre étant à Monterey, en Californie.
C'est le fait le plus distinctif du bassin, et il fonde une culture de la donnée marine à haut volume. Toujours à Brest, le Service hydrographique et océanographique de la marine, le Shom, produit et diffuse la donnée hydrographique nationale — bathymétrie, cartes marines, marégraphie — via son portail de données ouvertes, sous les standards internationaux de l'Organisation hydrographique internationale, les référentiels S-57 et S-100.
Autour d'eux gravite une constellation d'acteurs de la donnée océan et satellite : CLS, à Brest, exploite le système Argos et l'altimétrie pour la surveillance des océans ; Actimar, sur les quais, modélise courants, vagues et météo-océan ; Quiet Oceans, à Plouzané, cartographie le bruit sous-marin ;
le CEREMA, à Plouzané également, travaille la donnée du littoral et des risques. Cet ensemble s'appuie sur deux structures d'animation : le Technopôle Brest-Iroise et le Pôle Mer Bretagne Atlantique, pôle de compétitivité maritime, tous deux à Plouzané. Le deuxième pilier est le naval de défense.
L'arsenal de Brest abrite l'établissement brestois de Naval Group — un établissement de production et de maintenance des systèmes navals, à distinguer du siège du groupe, à Paris — et Thales, à travers son entité de systèmes de défense, y conçoit des sonars et des systèmes sous-marins ; Exail, née du rapprochement d'iXblue et d'ECA Group, y développe la robotique maritime et la navigation inertielle.
La donnée y est industrielle et de signal — production, essais, mesure, qualité —, décrite au niveau du secteur du naval de défense, sans qu'aucun statut ne s'attache à un employeur nommé. Le troisième pilier est financier, et il est plus inattendu pour une ville de cette taille : le groupe Crédit Mutuel Arkéa a son siège à Le Relecq-Kerhuon, dans l'agglomération, à quelques kilomètres à l'est du centre.
Autour de lui, un écosystème complet de la donnée bancaire et assurantielle : Arkéa Banque Entreprises et Institutionnels, Arkéa Capital, l'assureur-vie Suravenir à Brest, Suravenir Assurances à Gouesnou, et la banque en ligne Fortuneo, historiquement opérée depuis Brest.
On y trouve du reporting réglementaire, du risque de crédit, du scoring, de l'actuariat et du pilotage commercial — une matière bancaire et actuarielle rare, pilotée depuis un siège régional.
Le quatrième pilier est la santé : le CHU de Brest, réparti entre l'hôpital de la Cavale Blanche, l'hôpital Morvan et des sites dans l'agglomération, figure parmi les tout premiers employeurs du bassin et exploite un entrepôt de données de santé actif depuis une dizaine d'années, servant des centaines de protocoles de recherche ;
sa donnée est clinique et hospitalière, et sa sensibilité relève du secteur. À ces piliers s'ajoutent des acteurs de contexte : des centres de services numériques — Capgemini et CGI à Brest, Sopra Steria à Guipavas — staffent des missions data pour les comptes régionaux, fait de marché ordinaire ; et Brest Métropole produit une donnée territoriale et d'open data.
Deux mises au point s'imposent, l'une honnête, l'autre géographique. Honnête sur l'échelle d'abord : le laboratoire de recherche en informatique et automatique du bassin, le Lab-STICC, réunit plusieurs centaines de personnes, mais sur cinq sites bretons — Brest, Lorient, Rennes, Quimper, Vannes —, et l'on ne peut donc pas rapporter ce nombre à la seule agglomération ;
de même, le chiffre d'emplois numériques avancé par le label French Tech Brest Bretagne Ouest, rebaptisé depuis l'ancien French Tech Brest+, couvre un territoire ouest-breton de quatre villes, pas la seule métropole. Géographique ensuite : Ifremer et une partie de l'écosystème marin sont à Plouzané, Arkéa à Le Relecq-Kerhuon, une partie de Naval Group à Guipavas — autant de communes de Brest Métropole qu'il faut nommer, jamais fondre dans « Brest ».
Au bout du compte, la donnée brestoise dessine un marché pointu et morcelé, où la mer voisine avec la défense, la banque mutualiste et l'hôpital sans qu'aucun pôle ne les fédère. Ce qui déroute celui qui cherche une filière toute tracée fait aussi la richesse du lieu : arrêter son horizon — l'océan, le naval, la finance, le soin — et s'y rendre pointu ouvre, à Brest, des sujets que presque nulle autre ville n'aligne.