Le premier pilier data de Reims est champenois, et il tient à un fait vérifiable au registre : six grandes maisons ont, dans le code postal rémois, leur siège social et leur activité de production. Taittinger et Louis Roederer sont des groupes familiaux indépendants de grand format ; Lanson appartient au groupe Lanson-BCC, coté sur Euronext ;
Vranken-Pommery Production relève du groupe Vranken-Pommery, également coté, dont le domaine Pommery est à Reims ; Charles Heidsieck et Piper-Heidsieck sont portées par le groupe EPI. La donnée y prend plusieurs formes. Chez les maisons cotées, elle est financière et réglementaire : reporting, consolidation, pilotage.
Partout, elle est commerciale — ventes et export, suivi des marchés, gestion de la relation client — et logistique, avec une singularité que peu de secteurs connaissent : le stock d'un champagne se compte en années de vieillissement, si bien que la prévision, l'allocation des millésimes et le pilotage des cuvées sur lattes deviennent des sujets analytiques à part entière.
Il faut être précis sur la géographie : les maisons du groupe LVMH — Veuve Clicquot, Ruinart, opérées par Moët Hennessy Champagne Services — et le Comité interprofessionnel du vin de Champagne ont leur adresse à Épernay, à une trentaine de kilomètres ; ils ne sont pas rémois, et leur donnée est vraisemblablement centralisée au niveau du groupe.
Le deuxième pilier est céréalier et coopératif, et il est tout aussi distinctif. Vivescia, dont le siège est à Reims, est un grand groupe coopératif de la grande culture — maison mère de Grands Moulins de Paris et de Malteurop —, avec plusieurs filiales rémoises actives, dont une entité d'innovation en recherche et développement.
Malteurop, également au siège rémois, figure parmi les leaders mondiaux du malt : sa donnée est celle du sourcing d'orge à l'échelle planétaire et du procédé de maltage. Ceresia, autre coopérative céréalière issue d'une fusion régionale, a son siège à Reims. Charbonneaux-Brabant, groupe rémois indépendant présent dans les vinaigres, les alcools et la chimie industrielle, complète ce tissu agro-industriel local.
Pour un analyste, cela signifie une chose concrète : travailler la donnée de négoce de grain, le risque matière première et la supply agricole sans quitter la ville, ce qu'aucun autre bassin français n'offre à ce degré de concentration. Le troisième pilier est la bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle, sur deux communes du Grand Reims à une quinzaine de kilomètres au nord-est.
C'est une plateforme d'écologie industrielle intégrée que le Portail bioéconomie Grand Est décrit comme unique en Europe : sur environ deux cent cinquante hectares, elle transforme chaque année de l'ordre d'un million de tonnes de blé et deux millions et demi de tonnes de betteraves en sucre, alcool, bioéthanol et ingrédients biosourcés, pour un ordre de grandeur de mille deux cents emplois directs.
Cristal Union y exploite la sucrerie-distillerie et l'unité de bioéthanol ; Agro-Industrie Recherches et Développements (ARD), au siège de Pomacle, en est le cœur de recherche sur les bioprocédés ; Givaudan et Air Liquide y sont également présents. La donnée y est celle du procédé industriel, de l'agronomie de la betterave et du rendement de fermentation.
Autour de l'usine, le Centre Européen de Biotechnologie et de Bioéconomie (CEBB), à Pomacle, réunit quatre chaires de recherche — AgroParisTech, CentraleSupélec, NEOMA Business School et l'Université de Reims Champagne-Ardenne — sur les biotechnologies industrielles, la chimie verte et la modélisation des procédés : une présence de recherche de haut niveau adossée à la production, spécifique à ce territoire.
Le quatrième pilier est bancaire : la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel du Nord Est a son siège à Reims et couvre la Marne, les Ardennes et l'Aisne. Parce qu'il s'agit d'un siège régional et non d'une simple agence, la donnée de risque de crédit, le reporting réglementaire et le pilotage de réseau s'y traitent depuis Reims.
Le cinquième pilier est la santé, avec le CHU de Reims, l'un des tout premiers employeurs du bassin, porteur d'une donnée d'activité hospitalière, de recherche clinique et d'entrepôt de données de santé, dont la sensibilité relève du secteur et non d'un statut attaché à l'établissement.
À ces cinq piliers s'ajoutent des acteurs de contexte : la communauté urbaine du Grand Reims, dont le siège est à Reims, produit une donnée territoriale et d'open data sur l'eau, les transports et les déchets ; et une base de services numériques staffe des missions data pour les comptes régionaux, fait de marché ordinaire.
Deux mises au point honnêtes complètent la carte. La première tient à l'échelle : les tranches d'effectif du registre valent pour l'unité légale tout entière, tous sites confondus, si bien qu'on écrit « siège à Reims » ou « réseau régional », jamais « tant de salariés à Reims ».
La seconde tient à la géographie : Bazancourt et Pomacle ne sont pas Reims, mais des communes du Grand Reims qu'il faut nommer, et Épernay est une autre place, avec ses propres maisons. Au final, ce tableau dessine un marché data sans grappe d'éditeurs pour l'unifier, mais riche de filières où la donnée tient de la matière noble : le grain, la vigne, la molécule biosourcée, le risque bancaire.
Un data analyst qui arrête son secteur et s'y rend précis y déniche un terrain que peu de villes de ce gabarit peuvent offrir.