Le premier pilier data du Mans est assurantiel, et il est massif. Le groupe Covéa y concentre, au 160 rue Henri Champion, dans le quartier Novaxis, les entités qui font la marque MMA : MMA IARD pour l'assurance de dommages — automobile, habitation, responsabilité —, MMA VIE pour l'épargne et l'assurance vie, Covéa Protection Juridique pour le contentieux, auxquelles s'ajoutent des entités mutuelles et de réassurance du groupe.
Il faut être précis sur un point : la tête du groupe Covéa, ses fonctions financières et immobilières, sont à Paris, et l'assureur MAAF est à Chauray, dans les Deux-Sèvres ; on parle donc du berceau et du principal site des entités MMA, pas du siège du groupe.
Cette nuance posée, la matière data y est considérable et de premier plan : analyse de la sinistralité, tarification et pricing en assurance de biens, provisionnement, souscription, pilotage de la relation client, modélisation du risque. Ce sont des métiers de la donnée exercés au niveau d'un grand assureur national, et non d'une antenne — ce qui, à l'échelle d'une ville de cette taille, est exceptionnel.
Le deuxième pilier prolonge le premier et le rend unique : Le Mans forme ses actuaires. L'Institut du Risque et de l'Assurance, l'école d'actuariat de Le Mans Université, propose un master d'actuariat créé en 1995 et reconnu par l'Institut des actuaires depuis 2024 — l'un des rares cursus de ce niveau en France —, ainsi qu'une double licence mathématiques-économie tournée vers les sciences actuarielle et financière.
Une école d'actuariat adossée au premier bassin assurantiel mutualiste : ce couplage employeur-formation ne se rencontre pratiquement pas ailleurs, et il irrigue tout le vivier data local en profils rompus au chiffre du risque. Le troisième pilier est l'événementiel sportif.
L'Automobile Club de l'Ouest, association centenaire, organise les 24 Heures du Mans depuis son circuit, où passe d'ailleurs la ligne droite des Hunaudières, à Mulsanne, commune de la métropole. Avec un socle de dizaines de milliers de membres, l'ACO travaille une donnée d'adhérents, de billetterie, d'affluence et de compétition — un registre d'événementiel et de motorsport que peu de villes offrent.
Le quatrième pilier est industriel, et il a une couleur bien à lui : les liaisons au sol, la transmission et le machinisme. L'usine Renault du Mans, exploitée par Auto Chassis International, produit des trains roulants et des liaisons au sol ; NTN Transmissions Europe, à Allonnes, à quelques kilomètres, fabrique des organes de transmission ;
Claas Tractor assemble des tracteurs au Mans et à Trangé. La donnée y sert la production de grande série, la qualité, la maîtrise statistique des procédés et la maintenance. À noter que l'ancienne fonderie Renault du Mans est fermée : le site industriel actif est celui des liaisons au sol, à ne pas confondre.
Le cinquième pilier est la recherche, avec le Laboratoire d'Informatique de l'Université du Mans, le LIUM, spécialisé dans le traitement de la parole et du langage — reconnaissance et synthèse vocale, biométrie vocale, traitement automatique des langues, apprentissage profond — et distingué par un prix européen de l'innovation en 2016.
C'est une recherche « donnée de la parole » propre au Mans, qui alimente le vivier autant qu'elle donne une couleur au territoire. À ces piliers s'ajoutent la santé et le public : l'hôpital du Mans, l'un des tout premiers employeurs du bassin, porte la donnée d'activité hospitalière et de recherche clinique ;
la caisse primaire d'assurance-maladie de la Sarthe travaille la donnée de remboursements et de l'assurance-maladie obligatoire — un versant public, à distinguer de l'assurance privée de MMA. Le Mans Université, enfin, emploie des enseignants-chercheurs et fournit le vivier, avec ses laboratoires de mathématiques et d'informatique et son école d'ingénieurs.
Deux acteurs de contexte complètent la carte : des centres de services numériques, comme Inetum et Sopra Steria, staffent des missions data pour des comptes variés, fait de marché ordinaire ; et la métropole publie une donnée territoriale ouverte, notamment sur la mobilité et son réseau de transports.
Deux mises au point pour finir. La première, honnête, sur l'échelle : les effectifs annoncés valent pour des groupes entiers, tous sites confondus — les entités MMA emploient des milliers de personnes réparties sur plusieurs villes —, si bien qu'on écrit « berceau et principal site » ou « siège au Mans », jamais un nombre de salariés mancels.
La seconde sur la géographie : NTN est à Allonnes, Claas déborde sur Trangé, Mulsanne appartient à la métropole, mais Sablé, Chauray ou les sièges bancaires d'Angers et de Nantes n'en sont pas. Ce paysage compose un marché data à l'accent assurantiel prononcé, doublé d'industrie, d'événementiel et d'une recherche pointue sur la parole — un profil qu'aucune autre ville du silo ne partage.