Le socle limougeaud de la donnée est d'abord corporate, et il porte un nom que tous connaissent : Legrand. La maison mère du groupe, cotée au CAC 40, a son siège mondial avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, à Limoges, aux côtés de son entité industrielle française.
Les grands nombres — de l'ordre de huit milliards et demi d'euros de chiffre d'affaires en 2024, une présence dans quelque quatre-vingt-dix pays, plusieurs dizaines de milliers de collaborateurs à travers le monde — sont des nombres de groupe, à lire comme tels ; ce qui importe pour la donnée, c'est la part qui se décide dans le Limousin.
Et elle est vaste : consolidation financière et contrôle de gestion d'un groupe présent sur les cinq continents, planification de la demande et de la chaîne d'approvisionnement, politique de prix par gamme et par marché, données de ventes et de marketing, commerce en ligne et transformation numérique.
Les catalogues d'appareillage électrique, de cheminement de câbles et de systèmes du bâtiment nourrissent à eux seuls une donnée de produit d'une profondeur peu commune, qu'il faut harmoniser d'un pays à l'autre avant d'en tirer le moindre indicateur. Deux relais donnent à cette matière une teinte rare.
Le programme d'objets connectés du groupe, ouvert au milieu des années 2010, fait entrer dans le quotidien de l'analyste la donnée d'appareillage communicant — remontées d'usage, télémétrie de produits pilotables à distance, indicateurs de parc installé, mesures de consommation renvoyées par les équipements du bâtiment.
L'activité des centres de données, qui pèse une part notable du chiffre d'affaires, y ajoute une informatique décisionnelle d'infrastructure : capacité, disponibilité, alimentation et refroidissement, cycle de vie des équipements. Nulle agglomération de gabarit voisin ne concentre autant de fonctions de siège tournées vers la donnée d'un groupe mondial.
Deuxième foyer, la recherche, et c'est la signature savante du bassin : le laboratoire XLIM, unité mixte du CNRS partagée avec Poitiers, rassemble plus de quatre cent quarante personnes autour de quatre pôles. Trois irriguent directement la donnée — les systèmes de radiofréquences et d'hyperfréquences, où se traite le signal des antennes, des radars et des télécommunications ;
la photonique des fibres optiques, cœur des réseaux à très haut débit ; un pôle mêlant mathématiques, informatique et image, où se travaillent le traitement du signal, la vision et le calcul —, le quatrième explorant la bio-santé. La matière y est celle du signal, de l'image et des télécommunications, à la fois objet de recherche et vivier de profils rompus à l'analyse et à la science des données.
C'est une empreinte à ne pas confondre avec celle de Bordeaux, tournée vers les lasers de puissance : Limoges est la ville des hyperfréquences et des fibres, du calcul appliqué au signal plutôt que de l'optique énergétique.
Troisième foyer, la santé : le CHU de Limoges, établissement de référence et l'un des tout premiers employeurs du territoire, porte une donnée d'activité hospitalière, de recherche clinique et de pilotage médico-économique, dont l'encadrement se décrit au niveau du secteur.
Quatrième foyer, la banque : le Crédit Agricole Mutuel Centre Ouest tient son siège boulevard de Vanteaux, à Limoges, et couvre trois départements — la Haute-Vienne, la Creuse et l'Indre ; risque de crédit, reporting réglementaire, pilotage de réseau et marketing analytique s'y traitent depuis un siège régional, non depuis des agences, ce qui suppose de rassembler et de rendre cohérente la donnée d'un territoire entier avant toute analyse.
Cinquième foyer, à la fois industriel et savant : la céramique technique, fille de la porcelaine. Ceram fabrique des implants au Parc d'Ester, à Limoges, 3DCeram pratique l'impression tridimensionnelle de la céramique à Bonnac-la-Côte, dans la métropole ; toutes produisent une donnée de matériaux, de procédés et de métrologie, quand la maison Bernardaud perpétue en ville la tradition porcelainière.
Le pôle de compétitivité de la céramique, présenté comme le seul pôle français dédié à ce domaine, fédère l'ensemble. À ces cinq foyers s'ajoute une donnée publique : la communauté urbaine produit et ouvre une donnée de territoire — mobilité, eau, déchets, open data —, débouché à part entière.
Un écosystème d'innovation modeste mais bien réel complète la carte, articulé autour du technopôle d'Ester, qui héberge en lisière de ville entreprises et laboratoires, et de la communauté French Tech du Limousin, tandis que deux écoles d'ingénieurs — l'une en électronique et télécommunications, l'autre en informatique — entretiennent le vivier local.
Deux précisions closent le panorama. Question de périmètre d'abord : le second site industriel de Legrand se trouve à Châlus, à près de quarante kilomètres, hors de la métropole, et divers ateliers de porcelaine ou de minéraux siègent eux aussi au-delà — Le Palais-sur-Vienne, Bonnac-la-Côte et Feytiat en relèvent, Aixe-sur-Vienne et Saint-Yrieix non —, chaque commune méritant d'être nommée avec sa distance.
Question d'échelle ensuite, sans fard : passé Legrand, le tissu data se resserre, sans société de services ni éditeur de poids, et le reconnaître vaut mieux que d'allonger artificiellement une liste.
Ce paysage compose un marché rare plutôt que vaste — un sommet corporate mondial, une recherche pointue sur le signal et l'image, une banque de territoire, un hôpital et une filière céramique —, de quoi offrir, à qui choisit bien, des sujets que peu de villes rassemblent.