Il faut commencer par les quais, car c’est là que Marseille affirme sa singularité.
Au 13002, dans le quartier d’Arenc, CMA CGM tient son siège mondial : troisième armateur de porte-conteneurs de la planète selon le classement Alphaliner, le groupe emploie plusieurs milliers de personnes à Marseille et fait de la donnée de transport un métier de tous les instants — suivi de conteneurs, tarification et gestion du rendement du fret, planification des escales, prévision de flux sur des lignes qui font le tour du monde.
C’est une donnée transactionnelle, temps réel, d’un volume que peu d’employeurs français atteignent. Sur les mêmes quais, d’autres armements complètent le tableau : la Compagnie Maritime Marfret, marseillaise, sur ses lignes conteneurisées, et La Méridionale, la compagnie maritime de Corse et du Maghreb, sur la donnée de trafic passagers et de fret roulier, de remplissage et d’exploitation. La mer, ici, se compte, se planifie et se prévoit.
Autour de ces armateurs se déploie la place portuaire elle-même. Le Grand Port Maritime de Marseille, au 13002 et sur le site de Fos, exploite le premier port de France par le tonnage : trafic de marchandises, escales, flux de navires, pilotage d’une infrastructure étendue de Marseille à Fos-sur-Mer.
La logistique prolonge ce cœur : CEVA Logistics, filiale du groupe CMA CGM, tient des établissements à Marseille et à Fos-sur-Mer, sur la donnée de flux d’entrepôts, de transport terrestre et de traçabilité de la chaîne d’approvisionnement.
Vient le visage caché, et le plus rare. Marseille est devenue l’un des principaux points d’atterrissage des câbles sous-marins d’internet, et un hub de data centers s’y est bâti : Digital Realty, sous la marque Interxion, y exploite plusieurs centres de données répartis dans les 2e, 3e et 15e arrondissements, cœur d’un carrefour d’interconnexion où les câbles venus d’Asie, d’Afrique et du Proche-Orient rejoignent l’Europe.
Le data analyst y travaille une donnée d’infrastructure — interconnexion, capacité, latence, télémétrie d’exploitation — que l’on ne rencontre presque nulle part ailleurs en région. À ses côtés, l’opérateur marseillais Jaguar Network, aujourd’hui dans le giron du groupe Iliad sous l’enseigne Free Pro, tient au 13015 une activité de télécom, de cloud et de data center qui renforce cet angle d’une donnée de réseau et d’exploitation.
Le troisième pôle est sanitaire, et il se double d’un cluster scientifique.
L’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, l’un des grands centres hospitaliers universitaires français, répartit son activité entre La Timone au 13005, l’hôpital Nord au 13015, la Conception et le site Sud : entrepôt de données de santé, recherche clinique, pilotage médico-économique, sur une donnée dont on décrit la nature — soin, essai, cohorte — sans lui attacher de régime particulier.
Sur le campus de Luminy, au 13009, deux biotechnologies cotées travaillent l’immunologie : Innate Pharma, en immuno-oncologie, et ImCheck Therapeutics, sur ses immunothérapies, font vivre une donnée d’essais cliniques et translationnelle qui forme un petit pôle immuno propre au sud de la ville.
Un quatrième univers, industriel, se tient en couronne, sur l’arc de l’étang de Berre, et il faut le situer avec précision car il n’est jamais dans Marseille même. À Châteauneuf-les-Martigues, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest, la plateforme de La Mède de TotalEnergies produit une donnée de procédé continu, de capteurs et de maintenance.
À Fos-sur-Mer, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest, l’aciérie d’ArcelorMittal Méditerranée fait de la donnée de production, de qualité et d’énergie un flux quotidien. De Berre-l’Étang à Martigues, LyondellBasell, Kem One et Naphtachimie, sur le pôle pétrochimique de Lavéra, alignent une même donnée de procédé et de qualité.
C’est un monde de séries temporelles, de capteurs et de rendement, à l’opposé de la donnée transactionnelle des quais.
Reste un dernier arc, aéronautique et urbain. À Marignane, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest, Airbus Helicopters — le numéro un mondial de la voilure tournante, à ne pas confondre avec l’Airbus des avions commerciaux de Toulouse — tient son siège : donnée industrielle de production, d’essais, de qualité et de suivi de flotte, autour des systèmes de surveillance de l’état et de l’usage des appareils.
Dans la ville, la Régie des Transports Métropolitains exploite métro, tramway et bus, sur une donnée de mobilité, de fréquentation et d’exploitation de réseau. On mentionnera enfin, comme faits d’écosystème et non comme piliers, que le groupe de services Onet a son siège à Marseille, que l’Institut de recherche pour le développement y tient le sien — prolongé côté science par l’océanographie du campus de Luminy —, et que la maison Ricard y est née.
Une couche de service numérique, faite de sociétés de conseil installées pour l’essentiel à Aix-en-Provence, à une trentaine de kilomètres au nord, donne accès en mission aux projets data du bassin, ce qu’on énonce comme un simple fait. Voici, pour finir, la géographie à garder en tête avant de postuler : le maritime et le port sur les quais et à Fos ;
les data centers dans les arrondissements du centre et du nord ; la santé et l’immuno à la Timone et à Luminy ; l’industrie sur l’étang de Berre ; l’hélicoptère à Marignane. Derrière une même ligne — « data analyst à Marseille » — se cachent une donnée qui navigue, une donnée qui transite par la fibre et une donnée qui coule d’un réacteur : trois matières que rien ne rapproche, sinon le port.