Le premier ensemble, et la vraie signature de la ville, est le plateau de la recherche agronomique et pour le développement, massé au nord sur le site d’Agropolis. Le CIRAD, dont le centre scientifique occupe le domaine de Lavalette (34090), fait de la donnée agronomique tropicale un métier à part entière : phénotypage de cultures, séries agro-climatiques, suivi de biodiversité, données de terrain collectées dans les pays du Sud.
À quelques centaines de mètres, avenue Agropolis, l’IRD tient l’un de ses plus grands sites — son siège, lui, est à Marseille, ce qu’on précise pour ne pas induire en erreur — et y traite la donnée environnementale et de santé des Suds.
L’INRAE, place Pierre Viala au centre, prolongé par des unités expérimentales à Mauguio et Villeneuve-lès-Maguelone, travaille l’agro-environnement, l’eau et la donnée de parcelle, quand l’Institut Agro, à la même adresse, forme et emploie sur la donnée agronomique.
Réunir sur un seul bassin le CIRAD et l’IRD, c’est-à-dire l’agronomie des Suds et la recherche pour le développement, est un fait proprement montpelliérain : ni Lyon, ni Nantes, ni Toulouse ne l’offrent.
De cette matière agricole découle un deuxième cercle, plus entrepreneurial : l’agri-tech de la donnée. Rue Euclide (34000), SMAG édite des logiciels agricoles — gestion parcellaire, traçabilité, conseil aux exploitations — où la donnée agri est le produit lui-même.
À Clapiers (34830), à sept kilomètres au nord, ITK conçoit des modèles prédictifs agro-climatiques appliqués à la vigne, à l’élevage et aux grandes cultures : de la data science agronomique, au sens strict. Ce couple — un éditeur et un modélisateur — transforme le savoir des instituts voisins en produits, et il constitue un débouché que les jeunes diplômés de biostatistique connaissent bien.
Le vivant a son versant sanitaire, et il forme le deuxième grand pôle de la ville, réparti entre le centre et le parc Euromédecine, à l’ouest.
Le CHU de Montpellier — l’un des grands CHU français, autour de onze mille agents répartis entre Arnaud de Villeneuve, Gui de Chauliac, Saint-Éloi, Lapeyronie et La Colombière — fait vivre un entrepôt de données de santé, un pilotage médico-économique et une activité de recherche clinique, sur une donnée dont on ne décrit ici que la nature, jamais le régime.
Sur le parc Euromédecine, l’Institut du Cancer de Montpellier (site Val d’Aurelle, 208 avenue des Apothicaires) fait vivre registres oncologiques, cohortes et essais. Toujours à Euromédecine, mais côté instrument, Horiba Medical conçoit des analyseurs d’hématologie et de diagnostic in vitro — une donnée d’instrumentation, de qualité et de recherche que l’on ne retrouve pas sous cette forme dans les autres métropoles du secteur.
La recherche biomédicale complète le tableau : l’Institut de génomique fonctionnelle et les unités de l’Inserm et du CNRS, rue de la Cardonille, travaillent la donnée -omique et l’épidémiologie, où le métier penche vers la bio-informatique. Rue du Professeur Blayac, le site de recherche et développement de Sanofi mène la chimie médicinale et le développement — une activité distincte, on y insiste, des vaccins que le groupe produit à Lyon ;
à Jacou (34830), au nord-est, la biotech cotée Medincell développe des formulations injectables longue durée et, avenue du même Blayac, la société d’études précliniques Cilcare travaille la donnée d’audiologie.
Vient l’eau, thème que Montpellier traite comme un métier de donnée à part, sans jamais passer par la météorologie nationale. À Castelnau-le-Lez (34170), à cinq kilomètres au nord-est, Predict Services — société née du rapprochement de Météo-France, d’Airbus Defence and Space et du BRGM — fait de la prévision du risque hydrométéorologique et de l’inondation un produit opérationnel.
À l’adresse du Mas Jausserand (34000), le site régional du BRGM travaille l’eau souterraine, le sous-sol et la géodonnée. C’est une donnée de risque et de ressource, très différente de la donnée transactionnelle des autres univers.
Reste le contrepoint numérique, celui qui rappelle que Montpellier n’est pas seulement une ville de laboratoires. Rue de Thor (34000), Teads — régie publicitaire vidéo née à Montpellier, aujourd’hui adossée au groupe Teads-Outbrain — manie une donnée d’audience, de campagne et de comportement à une échelle que peu d’acteurs régionaux atteignent : c’est l’angle web analytics du bassin, et il est ici parfaitement local.
À Castelnau-le-Lez, le studio Ubisoft Montpellier — auquel on doit Rayman et Beyond Good & Evil — exploite l’analytics de jeu et le live-ops, sur un métier voisin mais distinct de son homonyme bordelais. Côté matériel et services, Dell tient son siège français au rond-point Benjamin Franklin (34000), sur la donnée de ventes et de service ;
l’informatique historique de la ville se lit aussi chez IBM et chez Kyndryl — l’activité d’infogérance et de data center détachée d’IBM en 2021, installée sur le site Majoria — où la donnée est celle de l’exploitation informatique.
Une couche financière et publique achève la carte, plus discrète. La Caisse d’Épargne Languedoc-Roussillon, dont le siège régional est à la ZAC d’Alco (34080), et le centre de traitement BPCE du parc Euromédecine, produisent la donnée du reporting réglementaire et du pilotage de réseau ; la statistique publique, elle, se pilote depuis l’INSEE, allée Henri II de Montmorency, sur un registre qui reste ici marginal.
Les grandes sociétés de services — Capgemini au parc Aéroport de Pérols (34470), CGI au parc Jean-Mermoz de Castelnau-le-Lez — figurent parmi les donneurs d’ordre du marché, ce qu’on énonce comme un simple fait. Deux points achèvent de situer ce bassin.
Sur le versant académique, c’est le laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique — le LIRMM, unité commune au CNRS et à l’université — qui joue le rôle de pôle de l’informatique et de la donnée de la ville, là où d’autres métropoles s’appuieraient sur un grand centre de recherche en informatique, absent ici sous cette forme.
Sur le versant de l’animation, le réseau des incubateurs de la métropole — Cap Alpha à Clapiers, Cap Omega au centre, Cap Sigma à Grabels — a hébergé nombre de jeunes pousses de la donnée, agricoles comme médicales, quand deux pôles structurent les filières : Agropolis International pour l’agro-environnement, Eurobiomed pour la santé et les biotechnologies.
Récapitulons avant de postuler : la recherche agronomique au nord, sur Agropolis ; l’agri-tech dans la couronne nord ; la santé et la génomique à Euromédecine et au centre ; l’eau à Castelnau et au Mas Jausserand ; l’adtech, le jeu et le matériel au centre. Derrière une même ligne d’annonce — « data analyst à Montpellier » — se cachent des adresses distantes et des matières sans lien : une plante, un patient, un génome, un flux vidéo.