Commençons par la finance, et par le 9e arrondissement, son cœur historique. Boulevard des Italiens, BNP Paribas ; boulevard Haussmann, la Société Générale ; avenue de Provence, le CIC : trois grandes banques dont le siège est bien dans Paris, et non à La Défense comme on le croit souvent. La donnée y est celle du risque de crédit et de marché, de la conformité et de la lutte contre la fraude, à l’échelle d’un réseau national et de marchés mondiaux.
Dans le 13e, sur la rive gauche, l’organe central BPCE et sa banque de financement Natixis prolongent ce paysage, quand La Banque Postale tient le sien dans le 6e et que la fintech Qonto, dans le 9e également, travaille une donnée transactionnelle de paiement pour les entreprises. C’est la plus forte concentration bancaire du pays, et l’un des premiers gisements de postes data.
L’assurance et l’actuariat forment un deuxième pôle, mais éclaté sur la couronne, ce qui oblige à nommer les communes. Le groupe AXA a sa holding avenue Matignon, dans le 8e, mais l’employeur qui manie vraiment la donnée est AXA France, à Nanterre, sur la tarification et la sinistralité, doublé d’AXA Group Operations, dans le 17e, pour l’informatique et la donnée mutualisées du groupe.
CNP Assurances est à Issy-les-Moulineaux, sur le provisionnement de l’assurance vie ; Amundi, dans le 15e, sur la donnée de marché de la gestion d’actifs ; et Groupama tient dans le 8e son entité de services informatiques. Le vocabulaire y est celui de la modélisation et du reporting réglementaire.
Vient la tech, et une matière différente : le product analytics. À Levallois-Perret, Doctolib fait de la donnée d’usage de sa plateforme d’e-santé un métier ; dans le 12e, à Bercy, l’éditeur Dataiku conçoit une plateforme de science des données et d’apprentissage automatique ; dans le 16e, Mirakl outille les places de marché ;
dans le 11e, BlaBlaCar travaille la donnée de mobilité partagée, et dans le 18e, Back Market celle du reconditionné. Contentsquare, dans le 8e, mesure l’expérience digitale. Ici, la donnée est celle du produit, de l’expérimentation et de la mesure à grande échelle.
À leurs côtés, les bureaux français des géants du numérique — Google dans le 9e, Microsoft à Issy-les-Moulineaux, les services cloud d’Amazon à Courbevoie — ajoutent une demande data continue, tandis que l’adtech tient une place forte dans le 9e, avec Criteo sur l’attribution publicitaire et Datadog sur l’observabilité et la télémétrie logicielle.
Le luxe et la distribution forment un pôle proprement parisien, celui de la donnée client. Avenue Montaigne, LVMH tient la tête d’un groupe dont la donnée vit surtout dans les Maisons ; rue de Sèvres, Kering ; rue Royale et sur son campus de Clichy, L’Oréal, pionnier d’une « beauty tech » faite de relation client, d’e-commerce et de personnalisation ;
à Neuilly-sur-Seine, Sephora, sur la donnée d’un réseau de magasins ; faubourg Saint-Honoré, Hermès. À Massy, en Essonne, Carrefour pilote une donnée de distribution et de connaissance client à l’échelle nationale. Les sièges mondiaux du luxe concentrent là une donnée de marque et de client qu’on ne trouve nulle part ailleurs.
Un pôle public et national achève de distinguer Paris. À Montrouge, aux portes du 14e, la direction générale de l’INSEE pilote la statistique nationale — celle qui produit les grands indicateurs du pays —, un rôle distinct de la statistique publique enseignée à Rennes, et doublé, à Palaiseau, de l’école qui forme ses cadres.
La donnée de mobilité s’y traite à une échelle sans équivalent : la RATP, quai de la Rapée dans le 12e, exploite un réseau multimodal de métro, de RER, de tramway et de bus, quand SNCF Voyageurs, à Saint-Denis, porte la donnée de flux du transport ferroviaire national. À Issy-les-Moulineaux se massent les opérateurs de télécommunications et de médias, d’Orange au Groupe Canal+, sur la donnée de réseau et d’audience.
Reste la couche de conseil et de service, la plus dense de France, qui donne accès en mission à tous ces univers. Elle se lit par quartiers : les grands cabinets d’audit sur l’anneau de La Défense — à Puteaux, à Courbevoie, à Neuilly —, les sociétés de services numériques de Capgemini, à Issy-les-Moulineaux, à Accenture, dans le 13e ;
c’est un fait de marché, sans jugement de valeur, et l’un des premiers pourvoyeurs de missions data du pays. On ajoutera, comme fait d’écosystème et non comme employeur, que le plus grand campus de startups d’Europe, Station F, occupe la halle Freyssinet dans le 13e, et que l’open data national se pilote depuis l’administration parisienne.
Un mot, enfin, sur la logique de quartiers, car elle structure la recherche d’emploi autant que les secteurs. Le 9e mêle la banque historique et la nouvelle vague de l’adtech et du logiciel ; le 8e superpose l’assurance, le luxe et la publicité ; le 13e associe la finance de la rive gauche, le conseil et le campus de startups ;
le 12e, autour de Bercy, réunit l’éditeur de données et la mobilité. Un corridor entier, le long du quai à Issy-les-Moulineaux, aligne les télécoms, l’informatique et le média, quand l’anneau de La Défense concentre l’audit, l’énergie et une partie du conseil. Cette carte par quartiers est propre à la capitale : nulle part ailleurs la donnée ne se lit autant à l’adresse.
En somme, la carte à retenir avant de postuler : la banque dans le 9e ; l’assurance de Nanterre à Issy ; la tech de Levallois à Bercy ; le luxe dans le 8e et le 7e ; la statistique nationale à Montrouge ; la mobilité dans le 12e et à Saint-Denis ; le conseil sur l’anneau de La Défense. Derrière la seule ligne « data analyst à Paris » se cachent ainsi tous les mondes de la donnée à la fois — et des adresses qui ne sont pas toujours dans Paris.