À Perpignan, la donnée s'enracine d'abord dans le négoce et la logistique des fruits et légumes, autour d'un lieu-dit devenu marque : Saint-Charles. Une confusion doit tomber d'emblée : Saint-Charles n'est pas une société, mais un écosystème — une plateforme rassemblant, selon la structure qui l'anime, plus de cent cinquante entreprises de négoce, de transport et de logistique du frais.
On nommera donc des acteurs réels plutôt que « Saint-Charles » : Anecoop France, filiale d'une grande coopérative, y pratique le négoce d'import-export de fruits et légumes ; Primever Roussillon y orchestre le transport et la logistique du frais.
La donnée y est celle du flux saisonnier — prévision de la demande au fil des campagnes, élasticité entre prix et volume, mouvements douaniers et d'import-export, traçabilité des lots — et de la chaîne du froid, avec ses relevés de température, sa télématique de flotte et son optimisation de tournées, car le frais impose une contrainte de temps et de degré qui gouverne toute l'analyse.
Le rythme des saisons — fraises et fruits à noyau au printemps, agrumes en hiver — dessine des pics de volume que l'analyse doit anticiper des semaines à l'avance, quand un aléa météo espagnol ou marocain peut renverser un plan de transport du jour au lendemain. Les tonnages, emplois et chiffres d'affaires souvent cités relèvent de la communication de la plateforme et de la presse, et se donnent comme tels, jamais comme des faits arrêtés.
Vient le pôle bancaire, et il est double : deux banques régionales ont leur siège à Perpignan, la Banque Populaire du Sud et la Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel Sud Méditerranée. Deux sièges dans la même ville, c'est un motif structurant : scoring et risque de crédit, lutte contre la fraude, pilotage commercial et reporting réglementaire s'y décident depuis des centres de décision, non depuis de simples agences.
Une nuance locale mérite d'être relevée : les portefeuilles de ces établissements portent l'empreinte du négoce agricole et du commerce transfrontalier catalan, ce qui donne à la donnée bancaire perpignanaise une couleur qu'on ne retrouve pas ailleurs.
Le troisième pôle est public, et dense pour une ville de cette taille : le Département des Pyrénées-Orientales, la communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole et la Ville de Perpignan produisent une donnée de territoire et ouverte — observatoires social et routier, systèmes d'information
géographique, open data de mobilité, d'eau et de déchets —, et sur un territoire où la carte — parcelles, réseaux, littoral, déplacements — compte autant que le tableau, la géomatique tient une place que peu de collectivités accordent à la donnée. Le Centre Hospitalier de Perpignan, centre hospitalier et non centre hospitalier universitaire — le CHU régional étant à Montpellier —, porte de son côté une donnée d'activité médico-économique.
Le quatrième pôle est l'énergie solaire, ancré par la recherche. Le laboratoire PROMES, unité du CNRS, travaille les procédés, matériaux et énergie solaire sur trois sites, dont un au technopôle Tecnosud de Perpignan ; les deux autres — le four solaire d'Odeillo et la centrale de Targasonne — se situent en Cerdagne, à une distance qui les place hors de l'agglomération.
À ses côtés, Tecsol, société d'ingénierie de l'énergie solaire installée à Perpignan, exploite les données de production photovoltaïque, la modélisation du gisement et le suivi de performance ; et l'essor agrivoltaïque des communes de la métropole ajoute une matière data à cette filière, sur l'un des territoires les plus ensoleillés de France.
L'analyse y croise les courbes de production d'un champ photovoltaïque, les données d'ensoleillement, la performance des onduleurs et, côté agrivoltaïsme, le rendement agricole obtenu sous les panneaux — une matière que le climat catalan rend particulièrement dense.
Un mot de prudence toutefois : les grands développeurs de parcs solaires ne sont pas des employeurs locaux, car leurs sociétés de projet, souvent sans salarié, ont leur siège ailleurs — l'ancrage employeur du solaire, ici, se borne à la recherche et à l'ingénierie.
À ces piliers s'ajoutent deux acteurs de contexte : Cémoi, chocolatier dont le siège industriel est à Perpignan, l'un des rares sièges agroalimentaires du bassin, avec sa donnée de production, d'approvisionnement et de ventes ; et Pyrescom, à Canohès, dans l'agglomération, spécialiste de l'électronique et des objets connectés, avec sa donnée de capteur et de télémétrie.
Le tableau se referme sur deux avertissements. Le premier, de maille : Canohès appartient bien à la métropole, mais l'hôpital psychiatrique de Thuir, le four solaire d'Odeillo et l'antenne universitaire de Carcassonne n'en sont pas, et chaque commune se nomme plutôt que de tout river à Perpignan. Le second, sans fard, porte sur la taille du marché : le tissu data local est mince.
Nul éditeur de logiciels, nulle grande société de services numériques dans le département ; la donnée s'exerce chez les utilisateurs finaux, et rares sont les employeurs dotés d'une fonction data en propre.
C'est la vérité de ce bassin, et elle vaut mieux qu'une liste gonflée : un data analyst y dénichera des sujets rares — la logistique du frais, la géomatique publique, la donnée du solaire — pourvu qu'il vise juste, car les postes, concrets et marquants, ne courent pas les rues.