Le pôle le plus caractéristique de Rennes est télécom et réseau, et il se concentre à Cesson-Sévigné, à environ cinq kilomètres à l’est du centre.
Orange y tient, avec Orange Business Services (rue du Chêne Germain), une activité de services numériques d’entreprise, de supervision et de reporting d’infrastructure, quand son site rennais du boulevard Albert 1er — un site de direction et d’exploitation, et non le siège national du groupe, qui est en Île-de-France — travaille la donnée de réseau, de trafic, de qualité de service et de facturation.
Autour gravite un tissu rare de spécialistes de la donnée réseau et vidéo : EXFO Solutions, qui a repris l’activité de l’ancien Astellia, fait de l’analyse de performance des réseaux mobiles — indicateurs de qualité de service, expérience abonné — son produit même ; Broadpeak travaille la donnée d’usage et de qualité du streaming vidéo, l’audience et la télémétrie de lecture ;
Enensys, la supervision des flux de diffusion télévisée ; et l’institut de recherche technologique b-com, sur les champs Blancs, la donnée des réseaux de nouvelle génération et de l’image. L’éditeur de logiciels collaboratifs Klaxoon, également à Cesson-Sévigné et désormais rattaché au groupe Wrike, y ajoute l’analyse d’usage, d’engagement et d’abonnement — la donnée produit d’un logiciel en ligne. Pour un data analyst, ce pôle parle un langage précis : trafic, qualité de service, audience, télémétrie.
Le deuxième pôle, adossé au premier, relève de la cybersécurité et de l’électronique de communication.
Orange Cyberdefense, à Cesson-Sévigné, travaille l’analyse de données de sécurité et de réseau — journaux, télémétrie, détection —, tandis qu’à Saint-Jacques-de-la-Lande, au sud-ouest, Thales exploite des sites d’électronique et de systèmes de communication (donnée de test, de mesure, de fiabilité et de signal) et Thales Services Numériques mène des projets de données et de systèmes d’information.
Cet ensemble s’inscrit dans un écosystème que structurent la Direction générale de l’armement – Maîtrise de l’information, à Bruz, et le Pôle d’Excellence Cyber, association née en 2014 sous l’égide du ministère des Armées et de la Région Bretagne, qui organise chaque année à Rennes la manifestation professionnelle European Cyber Week.
On y raisonne en type de donnée — signal, réseau, cyber —, sans qu’aucun caractère réglementaire ne soit attaché à l’une ou l’autre de ces sociétés.
Le troisième pôle est celui qui donne au bassin son identité data : la statistique publique et la recherche. À Rennes, place du Colombier, la direction régionale de l’INSEE produit la statistique publique bretonne, et à Bruz, sur le campus de Ker Lann, l’ENSAI forme une part des statisticiens et data scientists du service public — un vivier que peu de métropoles ont à leur porte.
Sur le campus de Beaulieu, l’Inria, centre de l’université de Rennes, et l’IRISA, unité mixte de recherche en informatique, en traitement de la donnée et en intelligence artificielle, ancrent une recherche de premier rang sur la donnée. Ce socle académique irrigue directement les employeurs cités plus haut.
Viennent ensuite les grands secteurs employeurs classiques.
La banque et l’assurance, d’abord : la Banque Populaire Grand Ouest, dont le siège est à Saint-Grégoire (au nord de l’agglomération), le Crédit Agricole d’Ille-et-Vilaine, BPCE Solutions Informatiques à Saint-Jacques-de-la-Lande et le centre de services de Groupama à Mordelles emploient la donnée pour le reporting réglementaire, le risque de crédit, le scoring, la sinistralité et le pilotage commercial.
L’industrie, ensuite : à Chartres-de-Bretagne, à une huitaine de kilomètres au sud-ouest, l’usine automobile de La Janais (Stellantis, l’ancien site PSA) produit une donnée de production, de qualité et de logistique — jamais dans Rennes intra-muros, contrairement à une confusion fréquente.
L’agroalimentaire complète le tableau avec Bridor, à Servon-sur-Vilaine (à dix-sept kilomètres à l’est), sur le reporting de production et la prévision de la demande, et le groupe de restauration Le Duff, dont le siège rennais pilote la donnée de ventes de plusieurs enseignes.
Restent la santé et la couche de service numérique. Le centre hospitalier universitaire de Rennes, à Pontchaillou, fait vivre un entrepôt de données cliniques et une analyse de l’activité hospitalière sous cadre RGPD et hébergement de données de santé, aux côtés du centre hospitalier Guillaume-Régnier ;
l’organisation de recherche clinique Biotrial, installée à Atalante Villejean et dotée d’une entité dédiée à la science des données, en fait un pôle de biostatistique et de gestion de données d’essais cliniques peu commun : le data analyst y manipule des jeux pseudonymisés, des cohortes et des tableaux de suivi d’études, au plus près de la donnée patient et de son cadre d’usage.
La couche numérique, enfin, irrigue tous les autres secteurs : Capgemini, premier employeur numérique privé du bassin, à Cesson-Sévigné, Sopra Steria à Chartres-de-Bretagne, CGI à Cesson-Sévigné, Eviden et le cabinet Niji — dont le siège est à Rennes — figurent parmi les donneurs d’ordre du marché, comme un fait de marché énoncé sans jugement.
S’y ajoutent des acteurs plus spécialisés : Kereval, à Thorigné-Fouillard, sur le test et la qualité des flux de données, et le groupe de services Samsic, dont le siège est à Cesson-Sévigné et qui produit un reporting opérationnel multi-sites — un lien à la donnée plus indirect, mais un grand employeur du bassin.
À côté de ces entreprises, la donnée publique et l’écosystème d’innovation complètent le tableau. Rennes Métropole opère un portail open data, souvent cité parmi les pionniers français, qui met à disposition sous licence ouverte des jeux de données urbains et de mobilité — une matière de restitution territoriale pour le data analyst.
La technopole Rennes Atalante héberge, sur les parcs de Beaulieu, des Champs Blancs et de Villejean, nombre des employeurs cités plus haut, et le réseau qui porte le label French Tech de Rennes et Saint-Malo anime une communauté numérique forte de plusieurs centaines de membres.
C’est cette combinaison — statistique publique, télécom, cyber, recherche et service numérique réunis sur un même bassin — qui donne au marché data rennais sa physionomie si particulière.
Vue d’ensemble, la donnée rennaise se répartit clairement : le télécom, le cyber et le service numérique à Cesson-Sévigné à l’est, la recherche et l’ENSAI sur l’axe Beaulieu–Ker Lann au sud, l’industrie et une partie de la banque à Chartres-de-Bretagne et Saint-Jacques-de-la-Lande au sud-ouest, la santé et la statistique publique dans Rennes même. Un même intitulé de poste, mais des communes et des mondes de données distincts.