La donnée stéphanoise repose avant tout sur la distribution, et plus précisément sur un siège : celui du groupe Casino. Trois entités du groupe sont enregistrées et actives dans la ville — la holding Casino Guichard-Perrachon, l'entité de services qui forme l'ancrage d'emploi du siège, et l'entité de distribution France.
Un siège de grande distribution alimentaire réunit des fonctions de données de siège que peu de villes accueillent : prévision de la demande et des flux, analyse de l'approvisionnement, tarification et promotions, données de fidélité et gestion de la relation client, gestion de catégories, reporting commercial — une donnée transactionnelle à très grand volume.
Un point d'exactitude s'impose, car le groupe a beaucoup changé : repris début 2024 par un consortium, il a conservé son siège et sa marque à Saint-Étienne, mais la réorganisation présentée au printemps 2024 a resserré les fonctions de siège — la presse a évoqué un peu plus d'un millier de postes
maintenus sur environ mille cinq cents —, le groupe se recentrant sur ses enseignes de proximité et le commerce en ligne, après avoir cédé la plupart de ses hypermarchés et supermarchés à d'autres distributeurs. On écrira donc : siège maintenu, entités actives, mais fonctions de siège resserrées ; et l'on n'avancera rien sur le volume actuel des équipes data, qui n'est pas public.
Deuxième point d'ancrage, la recherche sur l'image et la vision, signature la plus distinctive du bassin. Le laboratoire Hubert Curien, unité mixte partagée entre le CNRS, l'université Jean Monnet et l'Institut d'Optique, réunit autour de deux cent quarante personnes plusieurs équipes, dont deux décisives ici : l'une vouée à la science de l'image et à la vision par ordinateur, l'autre à l'intelligence des données et à l'apprentissage automatique.
La donnée y est image, vision et modèle, héritière de la tradition optique stéphanoise.
Cette recherche irrigue des formations de même couleur : une école d'ingénieurs de l'université forme à l'ingénierie de la donnée, l'école des Mines, sur son campus stéphanois, propose des masters de données et systèmes connectés et de génie des procédés et intelligence artificielle, et un master international d'apprentissage automatique et de fouille de données est porté conjointement par l'université et l'école des Mines.
C'est à la fois un employeur de recherche et le premier vivier local du métier. Troisième point d'ancrage, la banque : deux caisses régionales ont leur siège à Saint-Étienne, l'une du Crédit Agricole, l'autre de la Caisse d'Épargne. Ce sont des sièges, non de simples agences, et la donnée de risque et de scoring de crédit, de lutte contre la fraude, de reporting réglementaire et de marketing analytique s'y décide sur place.
Quatrième, la santé, avec le CHU de Saint-Étienne, réparti entre l'hôpital de Bellevue, à Saint-Étienne, et l'hôpital Nord, à Saint-Priest-en-Jarez, à quelques kilomètres dans la métropole ; sa donnée est celle de l'activité hospitalière, de l'entrepôt de données de santé, de la recherche clinique et du pilotage, dans un cadre relevant du secteur.
Cinquième, le mutualisme, avec l'établissement stéphanois d'une grande mutuelle, héritière d'une mutuelle historique de la ville, qui travaille une donnée d'actuariat, de sinistralité et de santé.
À ces piliers s'ajoutent une présence de services numériques modeste mais réelle — un acteur comme Inetum staffe des missions décisionnelles pour des comptes régionaux, fait de marché neutre —, une petite entreprise de géodonnées du bâti authentiquement stéphanoise, et un écosystème numérique local structuré autour du cluster né dans la Loire, aujourd'hui fondu dans un cluster régional plus large.
Deux réserves referment ce panorama. Affaire de périmètre en premier lieu : plusieurs communes de la métropole — Saint-Priest-en-Jarez, La Talaudière — ne se confondent pas avec Saint-Étienne et se nomment comme telles, tandis que Roanne, ligérienne mais lointaine, sort de l'agglomération. Affaire d'échelle ensuite, sans détour : le marché data stéphanois est moyen, privé du volume d'une métropole comme de la densité de services numériques lyonnaise ;
sa valeur tient à deux noyaux rares — le siège de distribution et la recherche en vision-machine — qu'aucune voisine ne peut revendiquer au même titre. C'est un marché où l'on entre par une compétence précise plutôt que par le nombre, et où cette précision est justement récompensée.